Une usine du futur ? Oui, mais pas sans risque
S’il y a un sujet qui occupe le paysage industriel, c’est bien celui de l’usine du futur. « Les technologies sont prêtes mais doivent être maîtrisées et sécurisées », révèle une étude de Bureau Veritas. Comme c’est le cas avec les robots collaboratifs, dont une nouvelle spécification technique ISO/TS 15066, datant de 2016, traite de l’interaction entre l’homme et le robot dans l’industrie. Mais il s’agit d’une spécification qui n’est pas harmonisée au niveau européen, affirme l’entreprise française d’inspection et de certification.
Si ces nouveaux robots polyarticulés sont prééquipés de capteurs afin de garantir une plus grande sécurité, faut-il encore qu’ils soient « correctement paramétrées, par exemple pour un contact avec le bras ou la jambe de l’opérateur », précise Florimond de Lapaque, ingénieur sécurité machines chez Bureau Veritas. Et d’avertir que ces fonctions de sécurité peuvent être insuffisantes, en cas de rapprochement avec des zones sensibles de la tête, comme l’œil, la tempe, le tympan.
La technologie de l’impression 3D est également une des briques de l’Industrie du Futur. Mais elle n’a pas encore le vent en poupe, en dehors des secteurs aéronautique et spatial, ou chez Michelin. Le processus est encore long, donc peu adapté à la production en série. Mais « la fiabilité est un autre défi : chaque pièce doit conserver des caractéristiques identiques à la pièce d’origine, quelle que soit l’imprimante utilisée », soulève Bureau Véritas.
En se transformant, les ateliers de production deviennent de plus en plus connectés, comme le sont déjà les machines-outils. En fonctionnant en réseau, les usines deviennent « la cible privilégiée des hackers », s’inquiète le spécialiste de la certification. Et de souligner que nos entreprises restent vulnérables, car « peu armées face à ces nouveaux risques ». Le temps où la combinaison antivirus-firewall suffisait est bel et bien révolue, affirme Maxime Genet, responsable du service Sûreté de fonctionnement chez Bureau Veritas. Il conseille de « mandater un coordinateur sécurité des systèmes d’information pour analyser les risques, identifier les vulnérabilités et mettre en place les solutions adaptées ». Et il ne s’agit pas de protéger seulement les postes informatiques et les serveurs. Mais aussi les systèmes industriels ouverts aux attaques informatiques.
Les mailles de ce nouveau tissu industriel sont, de loin, un rempart à une usine plus sûre. Si demain, elle produira plus vite encore, elle ne devra pas lésiner sur la sécurité, au risque de voir écorner son image, qui rend désormais l’industrie si attrayante. Pour les jeunes comme pour nos politiques.