Défense : Etat, banques et fonds montent en puissance
Un an après la relance du soutien à la base industrielle de défense, les financements privés et publics affichent une nette accélération. Mais les fragilités structurelles du secteur persistent, notamment chez les PME et sous-traitants.
Un an après l’annonce du gouvernement de raviver la nécessité de développer et d’entretenir une base industrielle et technologique de défense (BITD), sous la menace russe à l’époque, quand est-il des investissements dans ce tissu industriel au service des armées ? Le 9 avril dernier, Roland Lescure et Catherine Vautrin dressaient un premier bilan sur son financement.
Endettement plus élevé
Avant que l’Etat ne relève son curseur afin de « se donner les moyens industriels de sa sécurité », une première étude conjointe de l’Observatoire économique de la défense et de la direction générale du Trésor avait conclu, que les entreprises de la BITD présentaient, avant 2021, une structure financière et économique plus fragile que la moyenne des entreprises du reste de l’économie, en raison de marges plus faibles, d’un endettement plus élevé et d’une potentielle sous-capitalisation. Etendue jusqu’ en 2024, cette étude montrait certes une progression de la valeur ajoutée du taux de marge et du taux d’investissement des entreprises de la BITD en comparaison de leur équivalent hors-BITD, mais que celles-ci présentaient encore certaines fragilités et qu’elles devaient faire face à des besoins de financement. Et cela pour deux raisons : les fonds propres des entreprises de la BITD n’atteignent pas encore un niveau équivalent au reste de l’industrie ; les délais de paiement et le besoin en fonds de roulement de ces entreprises sont toujours à des niveaux plus élevés que ceux des sociétés hors-BITD, peut-on lire dans le dossier de presse.
Dans le cadre de la concertation permanente (appelée aussi dialogue de place) lancée en 2025 entre industriels de la défense, financeurs et services de l’État, il a été fait état d’un besoin total en fonds propres compris entre 4 et 6 milliards d’euros à horizon 2030 pour « atteindre les pleines capacités industrielles de production ».
Progression de 26 % des investissements bancaires depuis 2024
Quelles sont les derniers investissements recensés ? Ce que l’on sait déjà, c’est que depuis le 31 décembre 2025, le financement des six principaux groupes bancaires français aux entreprises françaises de la défense atteint plus de 46,6 milliards d’euros (crédit et hors-bilan). Soit une progression de 26 % depuis fin 2024. A ces montants s’ajoutent 16,3 milliards d’euros de financements accordés par les banques françaises aux autres grandes entreprises européennes de la BITD, ainsi qu’environ 1,5 milliard d’euros de crédits-export à leurs clients.
Depuis octobre 2025, le fonds Bpifrance Défense, destiné à ouvrir l’investissement dans la défense aux particuliers, a déjà collecté 56 milliards d’euros (chiffre arrêté au 31 mars dernier). Son objectif étant d’atteindre 450 millions d’euros. A cela, il faut ajouter près de 900 millions d’euros investis par des fonds français dans des entreprises de la BITD, au cours de l’année 2025.
Versement d’avances et d’acomptes dans les chaînes de sous-traitance
Le gouvernement a comptabilisé, au 31 mars, 17 fonds à effet de levier dont le montant total est de 2,3 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 600 millions d’euros levés en dette privée par six autres fonds ; et 1,4 autre milliard d’euros, levés par 13 fonds, dédiés au financement des entreprises innovantes duales.
Un autre point important a été soulevé dans cette feuille de route du financement de la BITD : les tensions persistantes de trésorerie. Pour y répondre, le ministère des Armées promeut la généralisation du versement d’avances et d’acomptes dans les chaînes de sous-traitance (à lire prochainement, notre article sur les difficultés rencontrées par les sous-traitants de la BITD).
Cet objectif dit de « cash neutral » vise à garantir que l’exécution des contrats de défense (commande publique ou à l’export) ait un impact minimal sur la trésorerie des entreprises, en particulier des PME et ETI sous-traitantes, affirme-t-on à l’hôtel de Brienne. Et de préciser : « Il s’appuiera sur la diffusion de bonnes pratiques en matière d’avances, d’acomptes et de délais de paiement, et leur déclinaison dans les chaînes de sous-traitance. » Car il s’agit pour le gouvernement de « sécuriser les approvisionnements, améliorer la résilience industrielle et accompagner la montée en cadence de la BITD ».
Munitions, drones, espace : les priorités du nouveau plan
Réarmer de toute urgence. Alors que le gouvernement a dressé, en avril dernier un rapport d’étape sur le financement de la base industrielle et technologique de défense (BITD), son projet d’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) prévoit l’ajout de 36 milliards d’euros sur la période 2026–2030 – dont 10 milliards d’ici 2027 – aux 413 milliards déjà prévus sur la période 2024-2030. Cette trajectoire vise à financer prioritairement certaines productions, afin de tenir compte de la guerre au Moyen-Orient.
- Munitions : +8,5 milliards d’euros sur 2026-2030, soit + 53 % par rapport à la LPM, pour un total de 26,3 milliards d’euros sur 2024-2030
- Espace : +3,9 milliards d’euros sur 2026-2030, soit + 65 % par rapport à la LPM, pour un total de 10,1 milliards d’euros sur 2024-2030
- Drones : +2 milliards d’euros sur 2026-2030, soit + 39 % par rapport à la LPM, pour un total de 8,4 milliards d’euros sur 2024-2030
Défense aérienne élargie défense, surface-air et lutte antidrone : + 1,6 milliard d’euros sur 2026-2030, soit + 32 % par rapport à la LPM, pour un total de 6,9 milliards d’euros sur 2024-2030- Guerre dans le champ électro-magnétique : + 400 millions d’euros sur 2026-2030
- Innovation opérationnelle : +1,4 milliard d’euros sur 2026-2030, soit + 14 % par rapport à la LPM, pour un total de 11,9 milliards d’euros sur 2024-2030