La France progresse dans la compétition industrielle mondiale
Portée par plusieurs projets d’envergure et par un regain des investissements industriels en 2025, la France s’impose parmi les principales destinations mondiales pour les nouveaux projets industriels. Dans un contexte de recomposition des flux d’investissements et de rivalités économiques accrues entre grandes puissances, l’Hexagone renforce sa position au sein de l’Europe et dans la hiérarchie mondiale.
La France, quatrième destination mondiale des investissements industriels sur la période 2021-2025. C’est ce qui ressort de la 10e édition du Baromètre des investissements significatifs industriels mondiaux de Trendeo, l’institut de la réindustrialisation de l’école d’ingénieurs CESI et McKinsey. Cette étude recense, depuis 2016, les investissements significatifs (c’est-à-dire de plus de 30 millions de dollars à l’échelle internationale, soit 26 millions d’euros) – en volume et en valeur –, aussi bien dans des unités industrielles existantes que dans de nouvelles unités de production.
Après plusieurs années en demi-teinte pour les investissements industriels mondiaux, avec une tendance baissière en 2022 et 2024 et une relative stabilité en 2023, l’année 2025 connaît une reprise significative : +14 % en volume (4 500 projets) et +32 % en valeur (1 800 milliards dollars d’investissements annoncés, soit 1 549 milliards d’euros), selon l’étude parue le 22 février.
La France, quant à elle, bondit de 34 à 86 milliards de dollars (29 à 74 milliards d’euros), grâce à trois projets de data centers de classe mondiale (58 milliards de dollars, soit 50 milliards d’euros), permettant à l’Union européenne de se classer devant l’Inde, en 2025.
Etats-Unis et Chine, en tête des investissements industriels
Si, sur la décennie 2016-2025, le classement reste stable en matière d’investissements industriels, avec les États-Unis en tête (3 807 milliards de dollars investis sur la période, soit 3 276 milliards d’euros), suivis de la Chine (3 357 milliards de dollars, soit 2 889 milliards d’euros) et de l’Inde (2 036 milliards de dollars, soit 1 752 milliards d’euros). Selon les analystes, « les dynamiques récentes augurent d’un basculement au profit des Etats-Unis et au détriment de la Chine ».
L’empire du Milieu voit ainsi ses montants industriels investis passer de 555 milliards de dollars en 2022 à 46 milliards en 2025 (478 à 40 milliards d’euros), soit une division par douze, tandis que les États-Unis voient leurs investissements doubler en un an (de 404 à 793 milliards de dollars, soit 348 à 682 milliards d’euros).
« La volonté des grands champions français de s’internationaliser »
Côté destinations des investissements, la France s’impose comme la quatrième destination mondiale des investissements industriels sur la période 2021-2025 (139 milliards de dollars reçus, soit 120 milliards d’euros). « La répartition des investissements relatifs à la France confirme l’attrait de l’Hexagone ainsi que la volonté des grands champions français de s’internationaliser : 40 % des investissements proviennent d’autres pays, 13 % sont des investissements domestiques et 47 % sont des investissements que la France fait dans d’autres pays », rapporte le baromètre.
Pour Matthieu Dussud, directeur associé en charge du pôle de compétences industries avancées chez McKinsey France, ce résultat confirme que notre pays dispose des « atouts pour nous imposer en pole position dans certains secteurs, en attirant des capitaux de pays tiers – Émirats Arabes Unis, États-Unis, Canada – dans des mégaprojets ciblés, à l’instar des grands data centers ». Et de souligner que cela nous plaçait comme huitième pays dans le monde en matière de puissance et souveraineté économique, premier dans l’Union Européenne, « et cela a un impact direct sur l’attractivité du continent », en seconde position derrière les États-Unis et devant la Chine et l’Inde.
La Chine, focalisée sur l’électromobilité
Pour le géant chinois, l’investissement à l’étranger se concentre sur la chaîne de valeur de l’électromobilité : sur la période 2023-2025, les batteries représentent à elles seules 49 milliards de dollars d’investissement (42 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent les préparations chimiques pour batteries (13 milliards, soit 11 milliards d’euros), les véhicules électriques (19 milliards, soit 16 milliards d’euros) et les panneaux solaires (20 milliards, soit 17 milliards). L’automobile domine en nombre de projets avec 168 annonces, suivie par l’électronique (112) et l’équipement électrique (88), relève-t-on dans l’étude.
Le baromètre met également en évidence que les États-Unis drainent 44 % de l’investissement mondial et 26 % du volume de projets. « Mais cette réalité masque une certaine fragilité : le pays concentre 75 % des investissements en 2025 dans seulement trois secteurs (data centers, pharmacie, électronique et semi-conducteurs en forte croissance) et 30 % dans dix mégaprojets, là où les autres secteurs analysés stagnent », relativisent les analystes.
Par ailleurs, on observe que l’industrie manufacturière, bien qu’en retrait de 15 % par rapport à la moyenne 2016-2025, reste le premier poste d’investissement industriel mondial, devant les data centers. Dans l’Hexagone, l’activité de défense a doublé en valeur entre 2016-2020 et 2021-2025, passant de 2 à 4,4 milliards d’euros (ou de 292 à 456 projets). « En France, les projets dans ce secteur ont quasiment doublé entre les périodes 2016-2020 et 2021-2025. Cette situation inédite révèle les défis structurels, notamment en termes d’organisation et de recrutement, que les entreprises de l’armement doivent relever », explique Gwénaël Guillemot, directeur de l’institut de la réindustrialisation de CESI. Et c’est le spatial qui domine la croissance (+60 projets), devant l’électronique défense (+22), le cyber et quantique (+9), qui « surperforment également », tirés par le tissu de PME, d’ETI et de start-up. En valeur, les plus fortes progressions concernent les munitions intelligentes (+1 milliard d’euros à 1,112 milliards), le spatial (+742 millions d’euros à 984 millions) et l’électronique défense (+718 millions d’euros à 769 millions).
L’industrie de la défense en plein boom
A l’échelle mondiale, l’industrie de défense voit le nombre de projets (infrastructures de production) multiplier par 1,7 avec des montants qui ont plus que doublés entre 2016-2020 et 2021-2025, « sous l’effet de la guerre en Ukraine et du réarmement occidental », pointe l’étude. Les munitions classiques affichent la plus forte progression (+23 projets), « signal d’une reconstitution active des stocks ». Les véhicules terrestres (+19) et les drones (+18) suivent, « portés par les livraisons à l’Ukraine et l’émergence des systèmes autonomes ». Le naval progresse (+13) en restant concentré sur les mégaprojets australiens, avec un gain de 1,37 milliard de dollars (1,18 milliard d’euros). Ce qui positionne ce secteur en tête, en termes de valeur.
Les investissements relatifs à la production d’énergie chutent de 57 % par rapport à leur moyenne depuis 2016 : les besoins électriques considérables des infrastructures numériques que sont les data centers ne se traduisent pas encore par une reprise des investissements dans la production d’énergie, notent les experts. A contrario, les investissements dans les projets renouvelables connaissent une forte baisse, passant d’un plus haut à 595 milliards de dollars en 2022 à seulement 137 milliards en 2025 (512 à 118 milliards d’euros), soit une chute de 77 %. Les analystes estiment qu’il s’agit d’une « transformation structurelle du secteur, avec une progression croissante des projets couplés à des moyens de stockage ».
L’automobile dérape
Sans grande surprise, le secteur de l’automobile souffre d’une importante baisse des investissements : 276 milliards de dollars en 2022 contre 76 milliards en 2025, soit 237 à 65 milliards d’euros. Pour les auteurs du baromètre, il s’agit du plus bas niveau depuis 2016, marqué par « une quasi-division par deux » des investissements dans le véhicule électrique en 2025. Surtout, on observe que la Chine a cessé d’être la destination phare des investissements automobile, avec une part passée de 33 % à 3 % entre 2016 et 2025, bien qu’elle reste le premier investisseur mondial du secteur (29 %), devant l’Union européenne (16 %) et les États-Unis (12 %). « Les constructeurs chinois ont notamment redéployé leurs usines au Maroc, en Hongrie ou au Mexique, pour accéder aux marchés occidentaux en contournant les barrières tarifaires », indique l’étude.