Une chaîne de valeur pour l’emploi
La difficulté à recruter du personnel motivé et formé, pour les entreprises de mécanique industrielle, peut trouver des solutions. En alliant les compétences de partenaires spécialisés en recrutement et formation pour adultes, un industriel a trouvé les bonnes personnes.
Lors de chaque reportage dans les entreprises de mécanique visitées par la rédaction, nos interlocuteurs soulignent systématiquement la difficulté de recruter des personnels motivés et qualifiés. « C’est le problème numéro un pour développer notre entreprise, » souligne la majorité d’entre eux. Avec un taux de chômage toujours élevé, ce ne sont pas les candidats qui manquent, mais l’adéquation entre leur formation et le profil des postes proposés. Partant de ce constat, les filières de formation professionnelle multiplient les initiatives pour faire correspondre offres et demandes d’emploi. L’exemple proposé par l’AFPI de Savoie en est un parmi beaucoup d’autres. Il démontre qu’une véritable chaîne de valeurs doit être créée par l’employeur pour recruter les bonnes personnes au bon endroit.
Le pôle formation : un créateur de compétences
Sur la zone industrielle de la Motte-Servolex, en Savoie, le Pôle Formation des Industries Technologiques regroupe le CFAI et l’AFPI, couvrant aussi bien la formation des jeunes en alternance, que la formation pour adultes. Depuis les CAP jusqu’aux BTS en passant par les BAC pro, depuis la chaudronnerie industrielle jusqu’aux techniciens d’usinage, aux métiers de l’électricité, de la maintenance, mais aussi de la conception des processus, des systèmes de production, de l’assistance aux techniques d’ingénieur ou de technico-commercial, une dizaine de filières métiers sont proposées en apprentissage par le CFAI de Savoie. La poursuite des études est rendue possible avec l’AFPI, qui assure le suivi de la formation des adultes. Ces deux structures de formation regroupées au sein du Pôle de formation se positionnent en véritable partenaires des entreprises industrielles, pour leur permettre de disposer des compétences requises. Pour cela, des formateurs internes et des consultants extérieurs, issus du monde industriel, construisent une équipe pédagogique avec des conseillers, experts dans leur domaine d’activité. Des ateliers et des plateaux techniques offrent aux stagiaires et alternants un équipement véritablement industriel. Chaque année, une moyenne de 500 alternants et de 3 000 stagiaires en formation continue viennent ainsi se former pour répondre aux besoins en compétences de 480 entreprises, depuis la TPI jusqu’aux plus grands groupes industriels. La rencontre avec Sophie Voulant, chargée de communication, Pauline Noiray conseillère en professionnalisation et Franck Luys, formateur-consultant issu de l’industrie a permis à la rédaction d’appréhender concrètement ce service à l’industrie.
Des partenaires pour l’emploi
Un fabricant d’ensembles mécaniques complexes des pays de Savoie cherchait, en début d’année, 6 opérateurs-régleurs CN pour conduire plusieurs centres d’usinage. Le directeur en ressources humaines de ce fabricant – qui souhaite rester anonyme – a demandé à l’entreprise d’intérim Randstad de trouver ces personnes, à partir de critère non techniques, mais plutôt psychologiques. « Son souhait était de trouver des personnes qui n’aient aucun apriori sur le fonctionnement des machines et l’organisation du travail » explique Sophie Voulant. Les services de Randstad ont donc sélectionné des profils sur entretien, sans qualification en lien avec l’industrie. Six candidats furent ainsi sélectionnés, ayant des profils très disparates allant de l’ex pizzaiolo, jusqu’à un ancien bûcheron, un comptable ou un éducateur. « Nous avons été ensuite contactés pour établir un parcours de formation adapté, pour leur donner les compétences d’opérateurs-régleurs en tournage-fraisage, pour la prise en main de la CN, la programmation et l’usinage sur différentes marques de machines-outils, » indique Pauline Noiray. La durée de la formation s’est étalée sur 49 jours de mi-avril à mi-juin. Sous la conduite de Franck Luys, cette formation personnalisée leur a permis d’obtenir un CQPM – certificat de qualification paritaire de la métallurgie – délivré par l’Union des Industries de Métiers de la Métallurgie avec l’appui d’un jury de professionnels de la mécanique industrielle. Aujourd’hui, 6 personnes de 24 ans à 52 ans sont déjà en poste chez l’industriel demandeur. « Leur motivation, leur envie et leur volonté de réussir va contribuer à l’évolution en cours dans cette entreprise de haute technologie, » conclut Franck Luys. Ainsi, une formation flexible, personnalisée, jointe à une méthode d’intégration originale a permis de répondre à ce besoin industriel. La solution parait transposable, pourquoi ne pas s’en inspirer ?