La lente rémission de notre industrie
En auscultant l’état de santé de notre industrie, de février à juillet 2019, le cabinet Accenture Strategy a tenté de dresser un bilan des cinq dernières années afin d’en évaluer sa maturité.
Qu’en est-il ressorti ? Tout d’abord, un retard conséquent en robotisation. Hors secteur automobile, le taux de croissance annuel de la robotisation plafonne à 3,4 % en France contre 6,7 % de l’autre côté des Pyrénées. Autre constat peu reluisant : les gains de productivité convertis en augmentation du volume produit affichent 7,9 K€/ETP (équivalent temps plein) dans l’Hexagone, tandis qu’outre-Rhin ils atteignent les 36,1 K€/ETP, sur une période allant de 2000 à 2018.
Seul rayon de soleil qui parvient tout de même à percer ce tableau sombre de notre économie industrielle : la baisse de l’âge moyen du parc machines, qui vient enfin de retrouver son niveau d’avant la crise de 2009. Mais sans se voiler la face, l’étude commandée par l’AIF, le Symop, Gimelec et leurs partenaires que sont la FIM, le Cetim et le Medef, pointe des dépenses en machines et équipements industriels en berne. Elles se révèlent jusqu’à trois ou quatre fois moins importante en France qu’en Italie et Allemagne. Seulement deux entreprises sur dix ont déclaré, dans l’enquête, « être partiellement ou totalement satisfaites » par l’offre française de machines et équipements. Avec pour conséquence une forte importation (39 % sur l’ensemble de la filière contre 19 % en Allemagne et 16 % en Italie). Tandis que le taux d’exportation de machines et équipements reste « en deçà de nos concurrents » (35 % sur l’ensemble de la filière contre 40 % en Allemagne et 42 % en Italie).
« Alors que la performance de la filière machines et équipements de production est fortement corrélée à la performance de l’industrie, la branche doit aujourd’hui mieux s’adapter à la demande des clients en France », affirment les auteurs de l’étude, dont les commanditaires de ce rapport verraient bien la création d’un « contrat stratégique de filière » qu’ils baptiseraient « Machines et Solutions Industrielles Intelligentes » (MS2I), lequel intégrerait toute la chaîne de l’offre technologique. D’autres solutions sont également dans les tuyaux : développer des plateformes numériques de collaboration entre offreurs et filières, ainsi que des prestations multi-offreurs packagées à destination des PME. Ou pourquoi pas « accompagner les pépites industrielles de la filière et les amener à exporter dans le cadre d’un plan export national », suggère l’étude, qui donne un nouvel éclairage sur notre industrie, semblant bien fragile au sein d’une économie ayant pourtant renoué avec la croissance.