Expérimenté et jeune, l’équation impossible
Plusieurs enquêtes l’ont démontré : les employeurs des industries métallurgiques d’Ile-de-France, mais on peut s’imaginer qu’ailleurs c’est pareil, peinent à recruter sur des postes de production. Qu’il s’agisse d’ouvriers qualifiés ou non qualifiés. Mais ce qui frappe le plus, c’est cette étude, publiée en décembre 2017, de Défi Métiers, un groupement d’intérêt public spécialisé dans l’offre de formation professionnelle en région parisienne. Celle-ci fait apparaître que les profils recherchés sont « des personnes expérimentées et âgées, au détriment de débutants, jeunes diplômés ou demandeurs d’emploi en reconversion professionnelle ». La raison ? Les employeurs veulent des candidats opérationnels immédiatement et expérimentés. Une exigence en lien avec les conditions et la technicité des postes dans l’industrie de la métallurgie. D’autre part, certains d’entre eux « doutent de la qualité des enseignements et de l’adaptation des contenus aux réalités des besoins des entreprises », relève l’enquête. Autre particularité : le regard porté par les industriels sur les jeunes candidats. Ils leur reprochent leur « retard », leur « manque d’intérêt et de motivation », le « non-respect des règles de l’entreprise et des règles de politesse ». Un tableau bien noir et qui s’assombrit un peu plus quand on apprend que s’ils reculent à vouloir recruter un jeune, c’est aussi parce que les employeurs « craignent qu’après les avoir formés, les apprentis partent vers des entreprises plus attrayantes en termes de conditions de travail et d’image ».
Une chose est sûre, les chefs d’entreprise ont besoin d’ouvriers sachant maîtriser le « geste technique », qui représente « la première compétence recherchée », montre le rapport de Défi Métiers. Comme il faut, selon eux, environ 10 ans de métier pour acquérir cette expérience-là, on comprend mieux que « l’âge avancé (45-50 ans) ne constitue pas un critère discriminant ». Mais nous touchons là à un cercle vicieux : « Les employeurs rechignent à recruter des jeunes du fait de leur manque d’expérience, mais ils entretiennent, de fait, la pénurie, en ne renouvelant pas les compétences disponibles sur le marché du travail », conclut le rapport. C’est dangereux car c’est une vision courtermiste. Parce que les départs à la retraite, eux, vont s’accentuer.