Emploi : quand ça veut pas, ça veut pas
Selon l’indicateur Acoss-Urssaf, les effectifs des entreprises de 10 salariés ou plus de l’industrie sont restés stables (+0,0% sur trois mois), fin octobre. Et sur un an, le recul continue, mais à un rythme plus modéré qu’aux mois précédents (-0,2%), rapporte la caisse nationale du réseau des Urssaf. Une lueur d’espoir : les déclarations d’embauche de plus d’un mois progressent de 0,6% en octobre 2017, après une hausse de 5,1% en septembre, portant à +6,8% l’évolution sur trois mois et à +10,3% celle sur un an. Alors que l’économie, et l’industrie en particulier, ont retrouvé des couleurs ces derniers mois, les entreprises peinent encore à recruter. Pourquoi tant de frilosité ?
Si l’on s’intéresse à la région Ile-de-France, on observe la même prudence des industriels. Selon le baromètre de la CCI, 77% des chefs d’entreprise franciliens déclarent avoir stabilisé leurs effectifs au cours des six derniers mois. Certes, ils ne débauchent pas mais ne renforcent pas pour autant leurs ressources humaines. Une stabilité qui l’emporte davantage dans le secteur des biens intermédiaires (81%) que celui des biens d’équipement (70%). Et pour les six mois à venir, « les perspectives demeurent très prudentes, les dirigeants de PMI anticipant dans une très grande majorité une stabilité de leurs effectifs, aussi bien au niveau régional que national (respectivement 79% et 83%) », annonce la chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France.
Pourtant, dans une France où l’industrie manufacturière retrouve de la vigueur, on aurait pu s’attendre à un boom sur la création d’emplois, ou tout au moins un sursaut. Et patatras ! La nouvelle tombe : le 18 novembre, 1 550 emplois sont menacés dans l’Hexagone, chez Ascometal. « Le dernier grand groupe français de sidérurgie dépose son bilan », lit-on dans les journaux, qui citent les usines de Hagondange (Moselle), Leffrinckoucke (Nord) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Des sites qui « souffrent d’un criant manque d’investissement depuis trente ans », affirment les syndicats, sur France Info. Espérons que ce petit séisme ne sera pas suivi de répliques dans l’activité de la métallurgie. Mais il rappelle que le territoire reste fragile, et révèle que l’Europe souffre encore d’importantes surcapacités de ses aciers spéciaux.
Cela dit, du côté de Matignon, on reconnaissait n’avoir pas « fait collectivement assez pour l’industrie », déclarait Edouard Philippe sur Public Sénat. Une industrie tricolore que le premier ministre considère comme un « des moteurs de l’économie », mais que l’Etat a « oublié ou négligé », admettait-il, sur la chaîne parlementaire. Des aveux qui semblent se répéter parmi nos politiques, depuis deux quinquennats déjà. Ce qui n’empêche pas M. Philippe de demander aux chefs d’entreprise de lâcher le frein sur l’emploi. « Nous avons besoin de vous pour montrer aux Français que ce n’est pas une faveur qui vous est accordée (le gouvernement pourrait poursuivre sa baisse des charges sur les salariés au-delà de 2,5 Smic, Ndlr), que les efforts consentis par les Français permettent de créer des emplois », a-t-il encore proclamé sur Public Sénat.