Un dynamisme retrouvé
Selon les données du Symop, tous les signaux sont au vert, en cette fin d’année 2017, chez les fournisseurs de biens de production.
Pour le Symop, organisation professionnelle qui rassemble 270 créateurs de solutions industrielles, 2017 confirme que la croissance est bien ancrée dans notre pays, après une année 2016 marquée par une très nette reprise. Ainsi, sur la période de janvier à octobre, la demande a été forte, avec des croissances en volume dans la plupart des secteurs, qu’il s’agisse de la robotique (+17%), des machines-outils (+10%) et de leurs équipements (+10%). Le secteur de la mesure affiche aussi une bonne santé, « poussé par des projets d’automatisation des process, des développements vers l’Industrie du Futur, notamment avec des machines de plus en plus connectées, des équipements de production qui demandent beaucoup de capteurs et autres dispositifs de mesure et de contrôle », signale Catherine Bruzaud, responsable économie au Symop. Quant aux outils coupants en acier rapide (seul indicateur du Symop), ils ont progressé de 5%, par rapport à la même période de 2016.
Au troisième trimestre, l’embellie était toujours là. Car, le trou d’air, qui aurait pu suivre le suramortissement, ayant eu « un effet catalyseur sur les investissements », comme le soulignait Bruno Granjean, président de la Fédération des industries mécaniques (Les Echos du 14 avril 2017), n’a pas eu lieu. « Les commandes adressées aux fournisseurs d’équipements de production restent stables par rapport au trimestre précédent, mais en hausse de 3,8% par rapport au même trimestre de 2016 », écrit le Symop, dans son point de conjoncture. La demande ne s’est donc pas essoufflée depuis la fin du dispositif fiscal, le 14 avril 2017.
« Nouveau cycle d’investissement »
Les entreprises de mécanique continuent de vouloir moderniser leur parc, avec des machines « au contenu technologique plus avancé », relève Mme Bruzaud. Objectif : améliorer leur compétitivité, avec des moyens de production plus flexibles, multitâches, permettant d’amorcer une transformation vers l’Industrie du Futur, explique-t-on au siège du Symop, à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Bref, des machines flexibles, multifonctions et connectées.
L’industrie manufacturière, qui a repris des couleurs, a bénéficié aux acteurs, constructeurs et distributeurs de machines-outils, dont la rentabilité se redresse, selon le représentant des fournisseurs de moyens de production. Et de souligner que « pour la quatrième année consécutive, les livraisons des constructeurs augmentent sur le marché français ». Un phénomène qui marque très clairement le redémarrage d’un « nouveau cycle d’investissement ». « Avec un taux d’utilisation des capacités de production au plus haut depuis 2008, supérieur à 83%, [les industriels français] doivent absolument améliorer leur outil de production pour répondre à la demande croissante du marché français et international et reprendre enfin des parts de marché dans les exportations mondiales », analyse Alexandre Mirlicourtois, du cabinet d’études Xerfi.
Selon l’Insee, les fabricants, en France, de machines-outils connaissent également une croissance de la production, de l’ordre de 10% de janvier à octobre, et de 2,6% pour les facturations, par rapport à la même période de 2016. Enfin, d’après le Symop, le secteur de l’aéronautique devient le premier secteur client de la machine-outil française.
Interrogée sur la fabrication additive, Catherine Bruzaud affirme qu’une « demande existe, même s’il y a des freins par rapport à la production, mais nous voyons bien que cette nouvelle technologie s’implante dans différents secteurs, notamment dans l’aéronautique, et l’automobile, mais pas encore sur des productions de grandes ou moyennes séries ».
Pénurie de main-d’oeuvre
La santé du secteur de la maintenance est également brillante. « Les clients s’orientent désormais vers une maintenance prédictive de leurs outils de production, afin d’éviter toute rupture de fabrication », relève la responsable économie au Symop. « Une préoccupation assez récente, car les entreprises assuraient plutôt une maintenance préventive », note-t-elle. Pour cela, les machines doivent être équipées de nombreux capteurs, un marché porteur pour les sociétés du groupe « mesure, vision et contrôle » du Symop.
Même si toutes les données n’avaient pas encore été remontées, le syndicat fondé en 1907 peut déjà affirmer que les fournisseurs de biens de production s’attendent à « une fin d’année positive, avec une nouvelle progression des entrées de commandes (+4%) ». Le climat des affaires est toujours à un bon niveau dans les grands pays européens, et la croissance mondiale est robuste, justifie-t-il. L’année 2018 restera donc favorable pour l’investissement. « Nous sommes sur un début de cycle d’investissement qui a démarré en 2016, et en général ces cycles-là durent trois ou quatre ans, alors on peut s’attendre à un ralentissement en 2019 », prédit Catherine Bruzaud.
Mais un sujet inquiète les créateurs de solutions industrielles : la pénurie de main-d’œuvre. Pas seulement pour leurs clients, mais aussi pour eux. Ils « cherchent à accroître leurs effectifs, mais ils rencontrent de grandes difficultés à recruter, notamment les roboticiens, explique Mme Bruzaud. C’est la première fois que la pénurie de main-d’œuvre est ressentie aussi fortement, à tel point que cela peut devenir un véritable frein pour certaines sociétés. »