« La croissance est là et bien là »
Entretien avec Daniel Coué, économiste et expert en sous-traitance industrielle.
Pour l’économiste Daniel Coué, consultant auprès du Midest, le salon international de la sous-traitance industrielle, la reprise de l’activité se confirme en 2017, tout en restant à des niveaux comparables à ceux de 2016.
Quel premier bilan pouvez-vous tirer de l’activité de la sous-traitance industrielle en France sur cette année 2017 qui s’achève ?
Daniel Coué. La tendance est nettement positive. Compte tenu des données disponibles, je pense que l’année 2017 va se solder par une croissance globale de l’ordre de 3,7% en chiffres d’affaires et de 2,7% en volumes de production. Pour simplifier, disons qu’à quelques nuances près, la croissance se confirme et reste à des niveaux comparables à ce qu’elle a été en 2016, soit 3,3% en production et 2,1% en chiffres d’affaires, et en 2015, soit 3,8% en production et 3% en chiffres d’affaires. Ce ne sont pas des chiffres fulgurants. Mais ils tranchent franchement avec ceux des sombres années 2013 et 2014 qui avaient plongé la sous-traitance dans le rouge. Parmi les autres indicateurs encourageants, je note le redémarrage de la croissance mondiale que les prévisionnistes évaluent à 3,5% pour cette année, contre 3% en 2016, et à 3,7% en 2018… C’est beaucoup plus important qu’on peut le croire pour les sous-traitants. Il ne faut pas oublier que la sous-traitance industrielle française exporte 28% de sa production en direct, et que ses principaux secteurs-clients sont fortement exportateurs. Au bout du compte, les produits de la sous-traitance sont exportés, directement et indirectement, à près de 60%. C’est donc, une activité très dépendante de l’économie mondiale.
Quant à l’évolution des prix…
Sur les prix, nous observons une légère tendance à la hausse : de l’ordre de 0,7% en 2017 contre une baisse de 0,9%, un an plus tôt. C’est très bien. Mais c’est certainement dû au fait que les sous-traitants ont pu répercuter sur leurs prix de ventes une part des hausses des matières premières. Par exemple, le secteur de l’usinage a augmenté ses tarifs d’environ 1%, le découpage et la forge de plus de 3%, la fonderie de 2% et les traitements de surface de 1%. A l’inverse, la plasturgie a encore revu légèrement les siens à la baisse, comme la sous-traitance en électronique. A ce stade, je n’ai pas encore assez d’éléments pour évaluer l’évolution des rentabilités. Les prix ne font pas tout ! La hausse des productions redonne de l’aisance et éloigne les entreprises des « points morts ». Mais le renchérissement des matières premières et de l’énergie vont quand même rogner un peu les marges. De même, la remontée de la parité euro-dollar rend les produits des sous-traitants français un peu moins compétitifs. Les temps restent difficiles !
L’investissement est-il au rendez-vous ?
Il n’a pas progressé tant que ça, notamment dans l’équipement industriel. On sent un léger redémarrage. Mais c’est lent. Et cela n’a rien de très étonnant : avant d’investir, les entreprises cherchent à mieux utiliser leurs moyens de production actuels. Beaucoup attendent encore que la croissance se confirme avant de se lancer dans des projets de modernisation ou de productivité.
Quelles ont été les activités de la sous-traitance qui ont particulièrement bien progressé cette année ?
Sans trop de surprise, les secteurs de sous-traitance affichant les progressions les plus élevées sont ceux dont les débouchés se situent principalement dans les industries qui bénéficient le mieux de la reprise économique mondiale : l’automobile, l’aéronautique et dans une moindre mesure les biens de consommation durables et les biens intermédiaires. Les sous-traitants du travail des métaux affichent une croissance de 3,7% en chiffres d’affaires, proche de la moyenne générale. Les plasturgistes sont à +4,53%, et la sous-traitance en électronique progresse de près 5%. En revanche, des secteurs comme les ressorts, les moules et outillages, ou les engrenages et organes de transmissions, très concurrencés par les productions étrangères, sont à la peine. Tout comme la fonderie, un secteur qui cumule à la fois la difficulté d’être une technologie très capitalistique et une activité de main d’œuvre.
Et sur le front de l’emploi ?
La hausse des effectifs reste faible, tout au moins en ce qui concerne les emplois statutaires, CDD et CDI. Les PMI restent prudentes et font largement appel au travail intérimaire qui, lui, semble en nette progression.
Comment voyez-vous poindre l’année 2018 ?
Je pense que l’activité devrait être aussi dynamique qu’elle l’a été en 2017. Mais les sous-traitants sont dépendants du dynamisme de leurs donneurs d’ordres. A mon avis, l’industrie française souffre d’une certaine inadaptation au marché mondial. Il ne faut pas faire de généralité, mais les produits des donneurs d’ordres sont trop souvent mal ciblés, pas assez différenciés de la concurrence. Et les méthodes commerciales sont déficientes, comparées à celles de nos voisins allemands, espagnols ou italiens, par exemple. C’est un problème structurel, voire culturel, qui perdure de décennies en décennies. Cela ne va pas se transformer miraculeusement en 2018. Je le mentionne pour mémoire, parce que les sous-traitants en souffrent. Comme du sempiternel problème des délais de paiements ou de l’invisibilité chronique des programmes de production et, donc, de commande. Nous vivons dans une économie de plus en plus volatile ! Certains économistes craignent de nouveaux soubresauts financiers, à plus ou moins long terme. Je n’y crois pas trop pour 2018. Mais qui sait ! Nous verrons bien. Pour l’instant, la croissance est là et bien là… Réjouissons-nous. Et profitons-en !