Le ministre de l’Economie à l’écoute des décolleteurs | Machines Production

Le ministre de l’Economie à l’écoute des décolleteurs

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Par Jérôme MEYRAND Publié le  29/09/2017
Le ministre de l’Economie à l’écoute des décolleteurs

Bruno Le Maire a inauguré en Haute-Savoie une série de visites mensuelles en France, où il ira notamment à la rencontre des chefs d’entreprises industrielles. Première étape : le décolletage et sa transformation vers l’usine numérique.


C’est en Haute-Savoie, berceau du décolletage français, que Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, a effectué, vendredi 25 août, son déplacement de rentrée, où il a visité une usine du groupe Baud Industries, à Vougy, avant de participer à une table-ronde avec des chefs d’entreprise de la région.
Concernant la politique économique et industrielle du gouvernement, Bruno Le Maire a rappelé que pour baisser les coûts de production, « et c’est nécessaire », a-t-il souligné, il fallait être capable de réduire les dépenses publiques. Et d’annoncer une baisse de l’impôt sur les sociétés, passant de 33% à 25%, d’ici à 5 ans. « C’est un effort considérable », a-t-il précisé. « Car c’est un impôt qui pèse sur vos bénéfices », a-t-il ajouté, en s’adressant à plusieurs dirigeants de PME.
Le locataire de Bercy prévoit également de transformer le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en allègement de charges, et de supprimer les cotisations salariales sur l’assurance maladie et l’assurance chômage. « Une suppression qui se fera en deux temps », a averti M. Le Maire.

Innovations de rupture
Enfin, le ministre a annoncé la création d’un fonds public de 10 milliards d’euros pour le financement des innovations de rupture. « Parce qu’il y a des innovations, elles paraissent tellement baroques que personne ne veut les financer », a-t-il justifié.
Lionel Baud, le PDG du groupe familial de décolletage, a rappelé à son hôte qu’il se trouvait ici « dans un écosystème particulier, et unique […] caractérisé par la qualité des relations des clients-fournisseurs, et la forte capacité à travailler ensemble, entreprises, acteurs institutionnels publics et privés, dans un objectif commun : le développement des entreprises et du territoire ». Dans le show-room de l’usine, dont les murs renferment les vitrines de pièces qui sont fabriquées par Baud Industries, Bruno Le Maire a fait l’éloge d’un territoire, qui concentre deux tiers des entreprises de décolletage françaises. « La vallée de l’Arve est un modèle d’industrialisation réussie. Vous êtes l’exemple vivant que l’industrie a un avenir en France. ».
Lors de la table ronde, plusieurs problématiques ont été abordées, dont celle de la transmission des entreprises familiales. Lionel Baud, président du Syndicat national du décolletage (SNDEC), a comparé notre pays à l’Allemagne, « la référence industrielle dans le monde », selon le porte-parole des décolleteurs. Et de faire remarquer au ministre qu’une des « clés de sa performance vient du Mittelstand, caractérisé par une grande majorité d’entreprises familiales ». Seulement voilà, « alors qu’en Allemagne, la moyenne des transmissions d’entreprises effectuées au sein de la famille est de 58%, nous en France, non seulement le taux de transmissions familiales est en baisse, mais il n’est que de 25%. Deux fois moins qu’en Allemagne ! », s’inquiète-t-il. Pour M. Le Maire, faciliter la transmission d’entreprise est l’un des leviers pour « faire grandir nos entreprises ». Et de reconnaître que le dispositif Dutreil, qui permet, sous certaines conditions, de faire bénéficier la transmission d’une entreprise familiale d’une exonération de droits de mutation à titre gratuit à concurrence des trois-quarts de sa valeur, « est un bon dispositif, mais il n’est pas suffisant ».

Le décolletage dépendant du diesel
A Cluses, siège du SNDEC, la baisse des immatriculations de véhicules diesel en inquiète plus d’un, alors que ce type de motorisation représente 15% du chiffre d’affaires du décolletage français, et 15% de ses effectifs. Didier Sepulchre de Condé, président d’Artema, syndicat des industriels de la mécatronique, et ancien PDG de NTN-SNR Roulements à Annecy, a évoqué, devant le ministre, l’existence du groupe C40 (Cities Climate Leadership Group), réseau d’agglomérations mondial que préside désormais la maire de Paris, Anne Hidalgo. Laquelle fait « une promotion très forte contre la motorisation en ville ». Si les sous-traitants de la vallée de l’Arve ont parfaitement conscience qu’ils ne pourront pas agir contre « une fin programmée des moteurs thermiques », il s’agit d’ores et déjà de trouver des solutions pour compenser cette baisse du marché. S’agissant du C40, Bruno Le Maire a taclé Mme Hidalgo, qui « a une vision punitive des transports. Ce n’est pas la mienne ». Pour lui, « la bonne approche, c’est de regarder devant », en essayant « d’inventer des solutions d’avenir ». « Je souhaite financer les innovations qui sont prometteuses pour l’avenir, a continué l’ancien directeur de cabinet du Premier ministre Dominique de Villepin. La France a vocation à être leader, pas suiveur. Je ferai tout ce qui est nécessaire pour soutenir l’innovation dans notre pays au service de l’économie de la création. »

« Une bataille culturelle à livrer »
Délégué général du SNDEC, Jérôme Akmouche a abordé le sujet, lui aussi préoccupant, de pouvoir disposer de compétences qualifiées en production. « Une problématique, structurelle, et encore plus sensible en période de forte activité comme c’est le cas en ce moment. » Jérôme Akmouche a souligné que l’écart entre les compétences des demandeurs d’emploi et les besoins des entreprises était important, et qu’il s’amplifiait. « Je pense qu’il y a une bataille culturelle à livrer. Elle est sur l’industrie. Il ne faut pas avoir une vision désincarnée et déshumanisée de l’économie », répondait le ministre de l’Economie.
Enfin, la présence d’un pôle de compétitivité en Haute-Savoie a été saluée par Bruno Le Maire. Lancées en 2005, ces structures rassemblent, dans un même territoire, trois types de partenaires : des entreprises, centres de formation et unités de recherche. « L’union fait la force, a rappelé le ministre. Les pôles de compétitivité sont un succès. Mont-Blanc Industries est un exemple. Ça marche. »
Ce déplacement en Haute-Savoie a inauguré une série de visites mensuelles en France, où Bruno Le Maire ira chaque mois à la rencontre des « acteurs économiques du pays ». Des déplacements où seront abordées à la fois la politique gouvernementale en faveur de la compétitivité des entreprises et les mesures en faveur de l’innovation. « Le ministre s’intéressera notamment aux besoins des ETI et PME industrielles pour relever les défis de la transformation numérique », précise-t-on à Bercy.

Le ministre de l’Economie à l’écoute des décolleteurs
Jérôme MEYRAND - Rédacteur en chefFormé aux microtechniques, devenu journaliste en blouse bleue, passé par l’ESJ Lille.

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