Numérique versus emploi ?
Le progrès technique est-il compatible avec l’emploi ? Une interrogation qui remonte déjà aux années 1970. Sauf qu’aujourd’hui, ce sont des technologies numériques dont il est question. « Les systèmes intelligents et les robots peuvent-ils remplacer l’Homme et la transition numérique est-elle à terme une menace ou une opportunité pour l’emploi ? » s’interroge l’Académie des technologies*.
Un rapport sur les impacts socio-économiques de ces nouvelles technologies, qui reprend l’essentiel du contenu et les principales conclusions du séminaire annuel de l’Académie des technologies, tenu en octobre 2016, permet d’y puiser quelques éléments de réponses. D’abord, un certain nombre d’experts considèrent que malgré « la capacité de l’intelligence artificielle, à passer d’une tâche à l’autre et de disposer des capacités cognitives proches des êtres humains, s’inscrit dans un avenir encore très imprévisible ». Alors qu’une étude du cabinet de conseil McKinsey estime entre 5% et 10%, selon les pays, le risque de disparition réelle d’emplois.
Pour s’en convaincre, il suffit de prendre comme exemple le secteur automobile déjà considéré comme le plus robotisé du monde, et plus particulièrement le secteur automobile allemand. Le rapport relève que l’industrie outre-Rhin, environ cinq fois plus robotisée qu’en France, employait, en 2015, plus de 800 000 salariés, « soit autant qu’il y a dix ans et 100 000 de plus qu’il y a vingt ans ».
Si l’impact sur les volumes d’emplois ne semble pas certain, celui sur leur qualité et l’évolution des métiers est bien réel. « Les métiers de la production vont probablement décroître suite à l’introduction de modèles et de robots plus performants », assure l’Académie des technologies. Des postes de travail dont la distinction qualifié/non qualifié sera pertinente. Quant à la nature des emplois, il semblerait que l’entreprise de demain s’appuiera sur un modèle moins hiérarchique, où « la nécessité de travailler ensemble dans des entités de taille suffisante » s’imposera. Comme le pointe le rapport, il y aura quelques gros acteurs internationaux aux « usines très automatisées ». Et les autres : les start-up, PME et ETI « qui interagissent entre elles et avec eux ». Des entreprises plus agiles, proposant des produits spécifiques soit localement, soit sur le marché mondial, « avec une rapidité et une capacité d’innovation que n’ont pas les grands groupes », souligne l’Académie des technologies. Les experts affirment que demain beaucoup d’emplois seront individuels : des indépendants, des « néo-intermittents » avec nombre de « créatifs et designers » à l’échelle locale. Aussi, ils imaginent « une répartition grossière » de ces emplois, de la manière suivante : un tiers travaillant dans des grands groupes mondiaux dominants, un tiers dans de petites entreprises à forte agilité et un tiers d’intermittents. Bref, une répartition qui ne laissera guère de place aux emplois non qualifiés.
*Elle a pour mission d’émettre des propositions et des recommandations auprès des pouvoirs publics et des acteurs socio-économiques pour une meilleure exploitation des technologies au service de l’homme.