L’horlogerie française renoue avec son temps ?
Si l’horlogerie suisse domine le marché de la haute horlogerie, son Histoire plonge aussi ses racines en France. A l’occasion des salons EPHJ-EPMT-SMT de Genève et Micronora de Besançon, deux numéros de Machines Production Vallées font un tour d’horizon de ce secteur… en France.
Le comité Francéclat est le comité professionnel de développement économique au service des secteurs français de l’horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie, de l’orfèvrerie et des arts de la table. Il est régi par la loi du 22 juin 1978, qui a institué les comités professionnels de développement économique. Financé par la taxe HBJOAT, il met en œuvre un programme d’actions collectives défini par les professionnels eux-mêmes. Publiées sur son site internet Ecostat, ses statistiques donnent un aperçu précis de ces professions, synthétisé ici. Quelques exemples actuels de sociétés horlogères, ayant leurs racines en France, confirment la réalité d’une santé retrouvée sur le terrain.
Les chiffres encourageants de Francéclat
Selon ces statistiques, les exportations de montres mécaniques en 2017 ont augmenté, en valeur (+2%) et surtout en volume (+28%), tandis que les parties de boîtes de montres font un bond à +44%, les bracelets de montres tant en acier qu’en cuir à +16% et l’horlogerie domestique à +9%. Globalement, l’année 2017 a été une très bonne année pour la production française d’horlogerie avec un chiffre d’exportation de 2,477 milliards d’euros, assurant à 91% la couverture de la balance commerciale (+1 point), les importations se montant à 2 715 millions d’euros. Ces chiffres concernent les montres, composants, bracelets de montre et l’horlogerie de gros volume. Les montres connectées ne sont pas comptabilisées dans ces chiffres.
De manière plus générale, les produits du secteur horlogerie, bijouterie, joaillerie continuent à s’exporter avec vigueur, établissant un nouveau record à 7,9 milliards d’euros (+3%). Après une année 2016 difficile, l’horlogerie connait une vraie sortie de crise avec une reprise de la croissance de 4%, à tel point que la montre est devenue le principal contributeur de développement de l’ensemble du secteur en 2017.
Ce sont les segments de haut et de moyen de gamme qui tirent le marché : avec le retour de la clientèle touristique et notamment asiatique, les ventes de montres de toutes provenances à plus de 5 000 euros se sont envolées de 8% et celles se situant entre 300 et 999 euros ont grimpé de 16%. Il faut noter la croissance de la part de marché et du prix moyen du e-commerce (+13,5%), notamment pour l’horlogerie où la vente en ligne a représenté 8,4% des ventes de ce secteur en 2017.
A l’heure du salon EPHJ-EPMT-SMT, il est à noter que la Suisse est le premier fournisseur de la France, avec une importation de produits horlogers de 2,02 milliards d’euros en 2017, en hausse de 3% par rapport à l’année précédente. Par comparaison, l’Union européenne est en seconde position avec « seulement » 274 millions d’euros.
Un secteur industriel en renouveau
Toujours selon les statistiques d’Ecostat-Francéclat, et pour 2017, le secteur horlogerie a employé en France 2 707 personnes, réparties dans 74 entreprises. Une grande majorité (48) est implantée en région Bourgogne-Franche-Comté, Besançon en étant le centre historique et toujours actuel. Effectuée par 29 entreprises employant 295 personnes, la fabrication de montres mécaniques en France a augmenté de 13% en 2017, mais en valeur seulement, pas en nombre de montres produites.
Principalement en sous-traitance pour des marques Suisses, la fabrication de pièces constitutives du mouvement est en baisse de -13%, en valeur également. La fabrication de composants horlogers fait travailler 1 139 personnes dans 23 entreprises. Une dizaine d’entreprises fabrique des bracelets de montres en cuir, et une douzaine de l’horlogerie domestique et technique. Parmi les producteurs de montres français, certains sont des concepteurs-assembleurs, achetant les mouvements et les composants en France ou à l’étranger. D’autres produisent au moins 80% de chaque montre en France. Ils peuvent alors déposer un dossier pour obtenir un certificat d’indication géographique protégée.
Parmi les uns et les autres, des noms anciens et prestigieux côtoient une nouvelle génération de designer, marketeurs et fabricants horlogers en train de monter en puissance. Poussée par le succès des garde-temps de prestige ou plus accessibles, l’industrie horlogère française pourrait alors vraiment connaître un véritable renouveau.
Projet d’indication géographique Lip validé avec SMB
Après un trou d’air dû au conflit social de la fin des années 1970, la marque Lip réédite le type 10 « La Croix du Sud Jean Mermoz » en 2001 et les assemble chez MGH, dans le Gers. En 2015, suite à un accord d’exploitation signé avec Philippe Bérard, dirigeant de la PME horlogère SMB (120 personnes) de Châtillon-le-Duc, dans le Doubs, la marque revient à 10 km de Besançon. La société réalise sur ce site le design et le prototypage des modèles, la fabrication des composants étant ensuite confié à des entreprises spécialisées. Les mouvements à quartz proviennent du Japon, ainsi que les ébauches de mouvements automatiques qui sont assemblés à Besançon.
En 2017, la marque Lip sort son premier modèle original, conçu et fabriqué par SMB. Ce modèle Sous-Marinier est la première vraie création Lip depuis le retour de la marque près de la capitale horlogère. Le projet d’indication géographique protégée pour l’horlogerie française a été validé. En 2017, le chiffre d’affaires Lip aurait représenté, selon le quotidien Les Echos, 10% d’un chiffre d’affaires total SMB de 30 millions d’euros. Le modèle Sous-Marinier a connu un joli démarrage. Mis en vente début décembre, les 500 premiers exemplaires sont partis en une semaine et le modèle est de nouveau en cours de fabrication. Le contrat d’exploitation signé entre SMB et Lip court jusqu’en 2020, est renouvelable et comporte une clause de rachat à long terme.
Des histoires horlogères souvent franco-suisse
Besançon renoue avec sa grande histoire horlogère. La réintégration de quelques marques historiquement significatives apporte une reprise économique à la ville. Ainsi, la marque Dodane, fondée en 1857, a été relancée par Cédric et Laurent Dodane, héritiers de la cinquième génération du fondateur. Des montres de pilotes, mais aussi des instruments de cockpit pour l’aviation civile et militaire ont été fabriqués sous cette marque. La collection actuelle comporte les chronographes pilotes Type 21 et Type 23. Dodane 1857 est une société artisanale restée indépendante au sein d’une même famille. Les relations privilégiées auprès de cotraitants franc-comtois et suisses permettent à l’entreprise de personnaliser tous ses modèles. C’est, par exemple, le cas avec la société de haute horlogerie suisse Dubois Dépraz, pour ses modules chronographes. Après avoir équipé 750 membres de l’Armée de l’Air avec le Type 23 dédiée, la maison Dodane décline en version civile ce chronographe militaire, déjà éprouvé au sein de l’espace aérien.
Par ailleurs, une marque parmi les plus prestigieuses et les plus anciennes, issue de la capitale horlogère, vient faire certifier ses chronographes à Besançon. Seule institution française habilitée à tester et à certifier officiellement des chronomètres, le service de certification de l’Observatoire national de Besançon vit aujourd’hui une véritable renaissance. Les Ateliers Leroy lui confient l’ensemble de ses chronomètres pour contrôle.
Fondée en 1785 à Paris et basée à Besançon en 1892 sous le nom de L. Leroy & Cie, cette entreprise a écrit quelques-unes des plus belles pages de l’horlogerie et de la chronométrie française. La montre 01 de l’horloger achevée en 1904 fut la plus compliquée de son temps. Visible au Musée du temps de Besançon, son mouvement est composé de 975 pièces assemblées sur quatre étages de mécanismes. Elle donne 27 indications précises et fonctionnelles, dont 17 concernant directement la mesure du temps.
Après avoir transféré ses services de développement et d’innovation en Suisse en 1990, la marque L. Leroy a été rachetée par le groupe Festina Lotus SA, en 2004. Depuis, la société a renforcé ses capacités de développement et de production par l’acquisition d’une manufacture installée au cœur de la Vallée de Joux, toujours en Suisse. Cette dernière est garante d’une production microtechnique haut de gamme et permet un approvisionnement indépendant de l’ensemble des composants manufacturés, échappements et spiraux compris.
Dossier à suivre…
Passionnants, l’histoire et le développement actuel de l’horlogerie française implique un grand savoir-faire. Les vallées des régions Auvergne – Rhône-Alpes et Bourgogne – Franche-Comté en comptent un nombre de nouveau croissant. Car la passion des microtechniques reste vivace dans nos régions de montagne. La revue Machines Production Vallées y reviendra à l’occasion du numéro dédié au salon Micronora, en septembre.