Automobile : la fin d’une époque à Poissy
En actant l’arrêt de l’assemblage de véhicules dans cette ville des Yvelines, d’ici 2028, Stellantis entérine la transformation d’un site emblématique. Entre reconversion industrielle et incertitudes sociales, c’est tout un pan de l’histoire ouvrière francilienne qui vacille.
Dans les colonnes du Figaro, l’éditorialiste Jacques-Olivier Martin parle de « symbole ». En effet, la fermeture d’une usine en France, qui plus est, de production automobile, est à marquer au fer rouge. D’autant plus dans un contexte de forte concurrence chinoise, quand il s’agit de « wattures ».
Le 16 avril, la nouvelle est tombée. Le groupe Stellantis confirme qu’il arrêtera la production de voitures sur le site de Poissy, après 2028. Un site qui « incarne, plus que toute autre industrie, la France productive et innovante, celle qui a façonné des bassins d’emploi entiers, de Valenciennes à Issoire, de la vallée de la Seine aux confins de l’Est », poursuit Jacques-Olivier Martin. Et de pointer : « En stoppant l’assemblage à Poissy, Stellantis ne ferme pas seulement une ligne de production : le groupe met à nu la lente désagrégation d’un imaginaire collectif, celui d’une puissance industrielle héritée des Trente Glorieuses, d’une France ouvrière confiante dans son avenir. »
Opel Mokka et DS3
En fait, ce n’est pas totalement une fermeture, mais plutôt une reconversion. Car l’usine, construite en 1938 par Ford, puis ayant connu plusieurs propriétaires avant de devenir un fleuron de la production française, va se voir consacrer plus de 100 millions d’euros à sa transformation. Dans cette dernière usine automobile d’Île‑de‑France, on y produit jusqu’à présent les modèles Opel Mokka et DS3.
Le géant automobile multinational né en 2021 de la fusion entre PSA (Peugeot-Citroën) et Fiat Chrysler Automobiles (FCA), annonce que quatre pôles d’activités industrielles y seront développés et promet de maintenir l’emploi de « 1 000 postes ouvriers » à horizon 2030. Selon le groupe, à ce jour l’usine parisienne compte 1 925 ouvriers « sur le papier », car on dénombrerait plutôt 1 580 salariés, « compte tenu des absences pour formation, congés, ou maladie », a précisé le groupe italo-franco-américain, interrogé par plusieurs médias.
Nouvelle presse pour l’emboutissage
Mais alors, en quoi le site de Poissy sera-t-il reconverti ? Le premier pôle concernera la production de pièces et sous-ensembles automobiles pour des véhicules neufs et pour l’après-vente. Pour cela, Stellantis assure qu’il investira dans une troisième ligne de presse pour l’emboutissage. Il s’engage également à moderniser son atelier de ferrage et à se doter d’un nouvel atelier de peinture et d’une ligne d’assemblage moteurs.
Fabrication de pièces en impression 3D
Le deuxième pôle accueillera une nouvelle ligne de démontage de pièces et composants, pour les reconditionner, afin de pouvoir les commercialiser, tandis que la troisième activité sera vouée à la préparation de véhicules neufs pour des usages spécifiques : séries spéciales ou compétition-client. Il s’agira aussi de transformations de véhicules utilitaires neufs ou à destination de flottes d’entreprises.
Enfin, le quatrième pôle se tournera vers la technologie d’impression 3D pour la production de pièces en petites séries et les prototypes du service R&D. Une activité de retouches sur les préséries sera également mise en place.
Les trois syndicats CGT, Unsa et SUD prévoient de manifester ensemble ce jeudi 23 avril devant la mairie de Poissy. « Il y aura de la casse en matière d’emploi. Le fait de ne pas produire de nouveaux véhicules au-delà de 2028, ils ne pourront pas maintenir tous les emplois du site. La suppression d’emplois, nous ne pouvons pas entendre ça. Surtout que toutes les nouvelles activités du site ne sont pas encore définitivement actées », a estimé Jonathan Dos Santos, porte-parole de la CGT sur le site de Poissy, dans les colonnes du Journal de l’automobile.
« L’industrie automobile a changé et il faut s’adapter »
Du côté de Force ouvrière, on est plus nuancé. Toujours dans Le Journal de l’automobile, Brahim Ait Athmane, membre du CSE à Poissy, reconnait que « l’industrie automobile a changé et il faut s’adapter. Nous sommes très attachés à la voiture, mais c’est le côté sentimental. De l’autre côté, il y a le pragmatisme, et il faut remplir le frigo. Et aujourd’hui, grâce aux activités qui sont là, il y a de quoi garantir le remplissage du frigo pour tous ceux qui seront présents sur le site ».
La maire de Poissy confie, dans un communiqué, partager « la tristesse des Pisciacais [nom des habitants de Poissy] à l’annonce de ce tournant définitif qui se dessinait malheureusement depuis plusieurs mois ». Toutefois, Sandrine Berno Dos Santos veut voir le verre à moitié plein : « Mais nous devons également nous réjouir qu’un devenir industriel soit préservé pour l’usine avec l’annonce d’un investissement majeur destiné au déploiement de nouvelles activités (…) qui seront donc le nouveau moteur du site pisciacais aux côtés du pôle tertiaire exemplaire – le grEEn-campus Stellantis – qui a récemment ouvert ses portes dans la cité Saint-Louis. »
En effet, ce site de 72 000 m² situé en bordure de Seine, à l’emplacement même d’anciens ateliers d’emboutissage et de ferrage attenants à l’usine Stellantis de Poissy, abrite les activités tertiaires, la R&D et plusieurs moyens d’essais. Il accueille jusqu’à 7 500 salariés, mais en moyenne 2 500 sont présents quotidiennement, selon le groupe.