Les fabrications additives métal à Grenoble
La communauté auverhônalpine des technologies de fabrication additive métalliques s’est réunie, fin mai, à Grenoble. Industriels, scientifiques, universitaires et chercheurs ont enrichi leurs connaissances mutuelles par l’échange d’expérience. Et elle progresse rapidement.
La communauté Rafam (Rhône-Alpes fabrication additive métallique) a été initiée par le pôle de compétitivité Viameca. Cette communauté regroupe les laboratoires de l’Enise, EMSE, Grenoble INP, Insa, Cemam, la plateforme ID Pro, de Givors, le CEA et les centres techniques Cetim et IPC, qui ont des compétences complémentaires en fabrication additive métallique. En rapprochant ces expertises de celle des industriels en fabrication additive métallique du territoire, toute la chaîne de valeur couvrant l’élaboration des poudres, la conception, la fabrication, la caractérisation des propriétés, les stratégies de parachèvement, mais aussi la sécurité des personnels, est concernée. La communauté clermontoise en FA a rejoint, cette année, les journées Rafam. Pierre Sole, professeur au rectorat de Clermont-Ferrand, annonçait d’ailleurs l’ouverture d’un campus en septembre 2019 à Clermont-Ferrand, pour la formation aux métiers industriels, dont ceux de la FA. Le constructeur Add’Up participe à ce projet et fournira une machine de sa technologie. Avec l’utilisateur Michelin et l’école d’ingénieur Sigma Clermont, la communauté clermontoise vient renforcer Rafam de manière significative.
Une expertise de haut vol scientifique
Quatorze conférences se sont enchaînées dans l’auditorium de l’INP de Grenoble, ce mercredi 24 mai. Depuis la simulation thermique de la fabrication additive par méthode des abaques, jusqu’à l’intégration de la fabrication additive dans des assemblages complexes et innovants, leur progression suivait une logique allant de la recherche scientifique fondamentale, jusqu’aux applications industrielles les plus pragmatiques.
Cette journée s’adressant à un public averti des technologies de fabrication additives métal, le néophyte aurait pu y perdre sa journée, sinon ses préjugés métallurgiques. Car la fabrication additive métallique, bien qu’ayant déjà plus de 20 ans d’existence, connaît une croissance très rapide depuis deux ans. « En 2025, le marché de la fabrication additive devrait représenter 20 à 25 milliards de dollars de chiffre d’affaires mondial », disait le président de Viameca en introduction. Si cela ne représente que 0,1% à 0,2% du marché mondial de l’industrie manufacturière, il n’en reste pas moins que les technologies de fabrication additive s’inscrivent pleinement dans l’industrie 4.0.
Apportant une valeur ajoutée du plus haut niveau, la fabrication additive permet de fabriquer en une seule fois des pièces métalliques, dont la géométrie n’est pas réalisable par les méthodes soustractives comme l’usinage. Mais le procédé lui-même, agissant par fusion de poudres métalliques par faisceau laser ou d’électrons, est complémentaire des procédés existants et implique des expertises du meilleur niveau.
La fabrication additive métallique est une technologie de rupture, nécessitant des connaissances métallurgiques, mécaniques, thermiques et logicielles fortes. La région Auvergne – Rhône-Alpes abrite ces savoirs et le potentiel de recherche utile et nécessaire à leur renforcement. Fédérés autour du pôle de compétitivité Viameca, tous les acteurs de la communauté scientifique échangent leurs expériences avec les industriels, lors de telles journées, impulsant une dynamique forte au secteur.
Montée en puissance de l’expertise régionale
Dans la région, les constructeurs de machines de fabrication additive, la mise en œuvre des technologies concernées par de grands donneurs d’ordres en aéronautique, mécanique générale, outillage, aussi bien qu’une offre en sous-traitance diversifiée, constitue un tissu industriel dense autour de cette niche de haute technicité. Recensée partiellement lors des journées Rafam, la formation de base et continue à ces métiers compte déjà une dizaine de filières, sans compter l’institut de formation du CEA, dédié à l’énergie.
Lors des journées Rafam, les industriels présents ont montré leur connaissance du potentiel des marchés aéronautique, médical, mouliste ou en mécanique générale et de précision. Tous les obstacles ne sont pas levés, loin de là, pour dynamiser la FA sur ces marchés. La validation des pièces en fiabilité mécanique, répétitivité, résilience et résistance aux sollicitations en fatigue demande à être confirmé pour chaque projet.
La sécurité des personnels dans les ateliers de FA, n’est pas suffisamment encadrée et les industriels s’en préoccupent activement. Jean Pierre Wilmes, directeur du site d’AGS Fusion d’Izernore, dans l’Ain, a souligné particulièrement les principes de précaution mis en œuvre dans cet atelier. « Les personnes concernées doivent s’approprier les règles de sécurité mises en place, et ce n’est pas facile à imposer », disait-il en substance. On le voit, les fabrications additives, car elles sont plurielles, sont en train de construire leur place dans l’industrie 4.0 régionale. Pour entrer encore mieux dans la technologie, la revue Machines Production détaillera encore mieux les informations recueillies lors de cette journée. Car la veille technologique dans ce domaine est fondamentale, comme pour toutes les technologies de travail des métaux.