Transférer le savoir-faire industriel dans les lycées
Docteur ingénieur conseil en productique, Gilbert Fischer propose des pistes pour transférer rapidement le savoir-faire industriel moderne dans les lycées technologiques.
J’ai rencontré sur leur stand une dizaine de chefs d’entreprises, les uns, acteurs dans les fabrications de moules d’injection et de thermoformage, les autres, fondeurs, découpeurs et bien sûr des sous-traitants usineurs de pièces complexes. Je souhaitais recueillir des informations sur leur problématique de positionnement concurrentiel, les innovations marketing et techniques nécessaires à leur développement commercial, l’analyse des freins à leur croissance.
Les résultantes des entretiens sont unanimes : aujourd’hui, l’entreprise a retrouvé des fonctionnements économiques, financiers et commerciaux, plutôt confortables, mais le futur est conditionné par la capacité de recruter des personnels de bons niveaux de formations industrielles et techniques en fabrication et méthodes d’usinage. Aujourd’hui, il y a peu de candidats et les diplômes de bac technologique ne correspondent pas à la demande. En termes de savoir-faire pratique et théorique, les élèves ne sont pas suffisamment performants dans la chaîne numérique de programmation et d’utilisation des machines d’usinage.
Pour combler ce déficit d’expérience, la solution est très certainement l’apprentissage et l’alternance, mais les résultats, très certainement positifs, seront longs à obtenir. Peut-on trouver des solutions pour améliorer nos formations dans nos lycées ? Je propose des pistes pour transférer rapidement le savoir-faire industriel moderne dans nos lycées technologiques.
L’expérience Alsace UGV
Il y a quelques années, alors que j’étais PDG de Huron, j’ai vécu une expérience très intéressante au département productique du lycée technique de la ville d’Haguenau. Un objectif ambitieux : introduire la formation théorique et pratique aux techniques de l’usinage grande vitesse. Avec le proviseur, quelques professeurs et deux ingénieurs, nous avons créé le module UGV. Un petit nombre d’entreprises régionales nous ont accompagnés dans le développement de ce module, en exprimant leurs attentes sur la qualification à atteindre. Rapidement, le rectorat et la Région ont accompagné le lycée dans l’investissement de deux machines UGV. Les résultats de cette formation mise en place ont été visibles rapidement : motivations des professeurs, engouement des élèves, embauches de jeunes diplômés…
Aujourd’hui, je propose un schéma pour dynamiser les départements productique mécanique de nos lycées technologiques. Transférer le savoir-faire et l’expérience des entreprises modernes en usinage 4.0 par l’embauche de deux professeurs adjoints venant de l’industrie ayant au moins cinq années d’expérience validée dans la chaîne numérique d’usinage (utilisation des fraiseuses 5 axes, algorithmes de programmation, CAO-CFAO). Les candidats pourront être des jeunes retraités, des chercheurs d’emploi ou des jeunes ingénieurs en génie mécanique déjà expérimentés.
Pour réussir ce projet dans un lycée candidat à cette méthode, il faut mobiliser un comité de chefs d’entreprise régionaux et obtenir l’agrément du rectorat et de la Région. Pour l’investissement matériel, le budget nécessaire serait de l’ordre de 300 k€.