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« Les plateformes technologiques ont été créées pour lever des verrous »

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Par Jérôme MEYRAND Publié le  15/03/2017
« Les plateformes technologiques ont été créées pour lever des verrous »

Ces lieux où les industriels peuvent tester une machine-outil ou la performance d'un produit, voire d'un process, ont été développés par le Cetim et le Cetim-Ctdec. Explications de Bruno Davier, chargé de mission développement régional au Cetim, à Saint-Etienne (Loire).


Chargé de mission développement régional au Cetim, à Saint-Etienne (Loire), Bruno Davier revient sur le concept Innoprod, qui concerne les nouvelles technologies de production. Entretien.

Le Cetim et le Cetim-Ctdec ont créé sur leurs sites de Saint-Etienne et de Cluses des plateformes technologiques baptisées Innoprod. Que se cache-t-il derrière cet acronyme ?
Innoprod signifie innovation productive, donc qui sont des lieux où l’on crée de la valeur. Si nous nous distinguons des autres plateformes du monde académique, c’est aussi parce que derrière cet acronyme, on peut aussi ajouter innovation produit et innovation production. Nous sommes vraiment sur ce pragmatisme-là, car il s’agit bien de plateformes appliquées.

Combien y a-t-il de plateformes ?
En fait, il y a trois types de plateformes : les plateformes technologiques, performance produits et sous-ensembles, et les plateformes process. Si elles sont ouvertes aux adhérents des centres techniques, elles le sont aussi aux non-adhérents. C’est un lieu ouvert aux entreprises manufacturières, sauf que le coût ne sera pas le même.

Pourquoi ont-elles été créées ?
Pour apporter aux industriels un soutien technique, et dans certain cas, une preuve de concept, pour faire du POC (proof of concept, Ndlr), en somme. Par exemple, une entreprise souhaite obtenir la preuve qu’un soudage laser fonctionne sur ses pièces, définir des paramètres process, savoir si le laser ne va pas changer la microstructure de surface, etc.

Que trouve-t-on dans les plateformes technologiques ?
Les plateformes technologiques ont été créées pour lever des verrous, des faisabilités techniques, mais aussi pour la mise sur le marché de technologies innovantes, sur des aspects matériaux, métrologie, ingénierie des assemblages. Ou pour valider ou qualifier la tenue des assemblages en service, d’assemblages vissés, collés, chimiques ou par déformation, par exemple. On y aborde aussi les problèmes liés au nettoyage des pièces et sa caractérisation. A Cluses, au Cetim-Ctdec, nous traitons le marquage, soudage et la texturation laser, le micro-usinage, les nouveaux procédés d’usinage comme l’usinage cryogénique, ainsi que la préparation des outils de coupe, la surveillance de process d’usinage, avec de l’outil instrumenté.

Autre structure de transfert de technologie, la plateforme dédiée à la performance des produits et sous-ensembles. Quelles actions y proposez-vous ?
Sur cette plateforme, il sera plutôt question des usages. Par exemple, on va tester des produits, par rapport à des secteurs applicatifs, dans un environnement le plus proche de la vraie vie, en s’appuyant sur des bancs d’essai fantômes pour valider leur usage. Au Cetim, à Saint-Etienne, il y a un laboratoire de biomécanique, où l’on teste les implants et autres dispositifs médicaux, sur des bancs d’essai spécifiques qui représentent, par exemple, la cinématique fonctionnelle du corps humain. Ces plateformes d’essai concernent les systèmes de transport, notamment par câble, mais aussi le ferroviaire, en allant du support de caténaire au support de bogie, aux sièges, etc. Si les industriels viennent nous voir, c’est parce qu’en dehors de vendre un produit, ils vendent aussi une performance d’usage. Et leur produit va être testé avec un banc d’essai, à travers une méthodologie d’essai, qui va permettre de fiabiliser le cycle de fonctionnement du produit. Pour l’industriel sous-traitant, il s’agit alors de lui permettre de monter en gamme devant son donneur d’ordre, car il ne vend plus seulement un produit, mais une fonction, un usage garanti.

 » Des Ferrari de l’usinage mises à disposition des industriels  »

Quant aux plateformes process…
Ce sont des démonstrateurs et des unités de production partagées, qui permettent aux entreprises de faire des galops d’essai avec leurs techniciens, leur matière première, leurs outils, pour valider ou invalider l’implémentation d’une technologie au sein de leur atelier. Sur ces plateformes, il s’agit surtout de technologies en devenir ou immatures. Au Cetim-Ctdec, on travaille sur l’usinage connecté et autoadaptatif. Sur Saint-Etienne, nous avons, depuis 2006, des dispositifs pour de l’usinage partagé, avec des machines multifonctions, multiaxes, des centres d’usinage 5 axes continu, bref, des Ferrari de l’usinage, qui sont mises à disposition des industriels, sur une durée bien déterminée. Leur intérêt est de savoir s’ils doivent ou non investir dans un tel équipement. Le but étant de sécuriser un investissement potentiel et d’obtenir un taux de rendement synthétique de l’installation au plus haut niveau, et ainsi amortir plus rapidement cet investissement.
C’est une spécificité de Saint-Etienne, tout comme celle de faire de la pédagogie de transfert technologique. Depuis 2008, nous disposons d’une plateforme de fabrication additive pour le secteur du médical. Si ces plateformes sont à durée déterminée, entre 18 et 36 mois, c’est parce que les machines sont renouvelées.
Par ailleurs, nous disposons d’une plateforme mécatronique sur Annecy, une autre dédiée à la robotique mobile pour du chargement-déchargement, qui se trouve à Cluses et Saint-Etienne, avec des cellules robotiques flexibles mobiles CRFM, mises à disposition d’industriels pour les initier à la robotique, faire de l’expérimentation, où ils apprennent également à définir un cahier des charges, consulter des offres, choisir des intégrateurs.

Quels retours avez-vous des utilisateurs de ces plateformes ?
Certains nous ont dit :  »Même si on pensait vous connaître, en fait on ne vous connaissait pas réellement ». D’autres reconnaissent qu’en pratiquant les plateformes, ils ont énormément progressé, car il s’agit bien souvent d’une première expérimentation opérationnelle. Puis, pour le Cetim, ces plateformes sont un excellent moyen de faire connaître son savoir-faire et son coeur de métier.

Une nouvelle plateforme pourrait-elle voir le jour ?
Certainement sur la métrologie, orientée sur l’optique cette fois-ci. Mais au-delà des plateformes Innoprod, nous travaillons à ce qui sera prochainement l’atelier de la fabrication additive du futur, qui nous permettra d’avoir une vision bien plus globale sur l’usage de cette technologie.

« Les plateformes technologiques ont été créées pour lever des verrous »
Jérôme MEYRAND - Rédacteur en chefFormé aux microtechniques, devenu journaliste en blouse bleue, passé par l’ESJ Lille.

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