La métrologie se porte (vraiment) bien
Les indicateurs sont clairement dans le vert chez les fournisseurs de moyens de mesure, qui viennent de boucler une année en forte croissance, tirée par l'aéronautique.
Le marché de la métrologie a connu, en 2016, une forte expansion, si l’on en croit les témoignages de dirigeants de sociétés spécialisées dans le contrôle et la mesure. En France, les fournisseurs ont le sourire. Toutes les marques que nous avons interrogées, ont déclaré avoir bénéficié d’une croissance de leurs ventes, pour beaucoup dans la lignée de 2015.
Les livraisons de moyens de mesure ont été particulièrement destinées au secteur de l’aéronautique, en très bonne santé, à en croire nos experts. » 2016 a été une bonne année et on sent que ça va perdurer « , assure Michel Henry, directeur général de Wenzel France, à Saint-Pierre-du-Perray (Essonne). Chez Nikon, le moteur tricolore Leap, développé par Snecma et GE, au sein de CFM, a donné beaucoup de travail à la branche métrologie du célèbre fabricant japonais d’appareils photos. Tout comme chez Mitutoyo. Même enthousiasme du côté de Zeiss. » Une année très dynamique. Le dispositif fiscal de suramortissement nous a bien aidés « , reconnaît Cyril Aujard, directeur métrologie industrielle France, Suisse et Maghreb, à Marly-le-Roi (Yvelines). En poussant la porte de Renishaw, à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), on vous répondra que le secteur de l’aéronautique a été » clairement devant l’automobile « .
» Mais l’on constate une montée des exigences de la part des donneurs d’ordres, avec de plus en plus de formalisme documentaire, enchaîne Bruno Lefebvre, directeur général de Mitutoyo France, à Roissy-en-France (Val-d’Oise). Sur le plan technique, une tendance continue à l’accroissement de la précision des cotes à contrôler et des projets de contrôle vendus sous forme »clé en main ». »
A la division métrologie de Keyence, de Jonage (Rhône), on constate que pour des » besoins de traçabilité demandés par les donneurs d’ordre, les sous-traitants doivent être capables d’enregistrer toutes les mesures qui sont réalisées, d’augmenter leur fréquence d’échantillonnage dans une période de production, de pouvoir retrouver ensuite très facilement ces données pour les extraire à n’importe quel moment, sous n’importe quelle forme pour que l’on puisse leur montrer patte blanche « .
» Une visibilité pour les six prochains mois »
En plus des solides performances du secteur de l’aéronautique, les constructeurs de matériel de métrologie ont également bénéficié du dynamisme de celui de l’automobile. » Renault, pour Zeiss, c’est énorme en France « , assure Cyril Aujard, qui a constaté que l’industrie automobile réinvestissait » massivement, après des années d’accalmie « . Et de souligner que les commandes ne fléchissaient pas. » Nous avons une visibilité au moins pour les six mois de l’année, en entrée de commandes. En prévision, en tout cas, le forecast est confortable « , indique-t-on chez le spécialiste de l’optique de précision.
En France, la demande en appareil de mesure sans contact reste très soutenue. » La demande, d’une façon un peu plus générale, s’oriente sur de la mesure sans contact, admet Michel Henry. Une demande qui devient de plus en plus récurrente, notamment pour faire du suivi de production et pouvoir répondre à des cycles de mesure plus rapides. On usine de plus en plus vite, mais les temps de cycle de mesure ne progressent pas trop. Et les industriels mettent plus de temps à mesurer qu’à usiner. Alors ils cherchent des solutions pour minimiser ce temps de mesure. »
D’après Frank Schulze, directeur général de Renishaw France, » la métrologie, en tant que telle, c’est un frein à la sortie des pièces, c’est un goulot d’étranglement dans la situation d’une ligne de production « . Même s’il reconnaît que l’on aura toujours besoin d’une salle de métrologie, » qui sera le vrai juge de paix final « .
Si, pour Michel Henry, de Wenzel France, » le temps de mesure fait partie de la valeur ajoutée dans une pièce « , surtout dans le cadre d’un contrôle à 100%, les outils de mesure sans contact apportent » des solutions pour gagner du temps de contrôle sur certaines spécificités de pièces « . Et de citer les mesures par nappe laser, lumière blanche, par l’optique pure, des dispositifs avec lesquels » on arrive à descendre en termes d’incertitudes sur des valeurs qui se rapprochent des machines 3D standards « .
Zeiss a pu constater une » nette progression » sur ses appareils offrant un grand volume de mesure. » Nous n’avons jamais eu autant de dossier, une progression de l’ordre de 44%, sachant qu’en 2015 nous étions déjà à 50% « , relève M. Aujard.
La métrologie en bord de ligne a le vent en poupe
Plusieurs de nos interlocuteurs ont observé un intérêt certain, de la part de leurs clients, pour la métrologie en bord de ligne. Selon eux, le contrôle de la fabrication sur les lignes de production semble devenir incontournable. » Nous avons observé une poussée de moyens de mesure qui sont intégrés directement en production « , note Anne Calvez, dirigeante d’Alicona France, à Besançon (Doubs). Si le spécialiste en métrologie 3D optique vendait beaucoup de machines, plutôt destinées aux laboratoires, en 2016, » nous avons eu des demandes de déclinaison de nos machines pour la production, observe Mme Calvez. Avec des logiciels d’automatisation, pour automatiser des process de mesure. Et en 2017, nous avons encore des demandes dans ce sens, comme de monter des capteurs sur des bras robotisés, par exemple « .
Pour Hexagon Manufacturing Intelligence, la tendance est de ne plus placer les MMT dans des laboratoires climatisés, mais dans l’atelier, près des machines d’usinage. Un constat que dresse Mustapha El Bouchouafi, son directeur général pour la France. Les clients veulent » des machines capables de fonctionner dans un environnement où la température n’est pas contrôlée, les vibrations ne sont pas isolées, où il y a de la poussière. Mesurer dans l’atelier et la technologie sans contact sont donc extrêmement liés. »
Selon Mitutoyo France, désormais » la mesure descend au plus près des machines de production, y compris pour des moyens de mesure complexes comme les machines tridimensionnelles. C’est une tendance assez forte, qui remontent déjà à plusieurs années « , constate son directeur général.
En 2016, Zeiss a particulièrement été sollicitée pour des dispositifs de mesure tridimensionnels à installer dans l’atelier. Comme ce fut le cas pour des clients de l’aéronautique et de l’automobile, ayant acquis des MMT, afin de les positionner, non pas au bout de la chaîne, mais en plein coeur. Une demande qui correspondait » à un tiers de nos ventes « , selon Cyril Aujard.
A Evry (Essonne), le directeur de Nikon Metrology Thomas Claustre évoque une demande croissante de matériel » de plus en plus haut de gamme « , pour des utilisateurs désireux de rechercher encore plus productivité et plus d’automatisation avec leurs moyens de mesure. » Avant, les clients achetaient une machine, maintenant ils veulent une solution complète « , signale-t-il.
La métrologie de demain
Si les besoins de précision restent permanents, entraînant des évolutions technologiques, la mutation se joue aussi dans les process. Nos experts, interrogés par Machines Production, donnent leur vision. Pour Anne Calvez, d’Alicona, on s’oriente vers davantage d’automatisation dans le process de mesure. Elle évoque également la mesure dimensionnelle en microgéométrie. » On nous demande de pouvoir faire des mesures avec une révolution latérale plus importante que sur une MMT. Nos clients veulent des solutions innovantes sur la base de la variation focale, qui est notre technologie propre, entre le profilomètre optique et la MMT à contact, en quelque sorte. »
Pour Frank Schulze, il faudra être capable de répondre à cette tendance : gagner encore plus de temps. » Autant, il s’agissait d’une notion qui était complètement occultée il y a encore quelques bonnes paires d’années, celle de productivité, un terme qui n’était pas encore employé au même sens et au même poids que la notion de productivité d’un point de vue fabrication. Le temps n’était pas le fer de lance en métrologie « , analyse le patron de Renishaw France.
Quant à la mesure plus conventionnelle, avec ou sans contact, M. Schulze voit plutôt une évolution plus marquée vers le sans contact. Bien qu’il considère que la mesure avec palpeur soit beaucoup plus performante, que le sans contact, en termes de précision, parce que » nous ne sommes pas liés à des phénomènes de réfractions parasites, d’état de surface, de couleur, etc. Nous pouvons rencontrer des aberrations liées à l’optique « . Pour le Japonais Mitutoyo, dont la marque a été fondée en 1934, » les technologies sans contact se sont largement améliorées en termes de précision et cela semble être une tendance forte pour les prochaines années « , relève M. Lefebvre.
Et si l’avenir, c’était la tomographie ?
L’avenir, Mustapha El Bouchouafi, de Hexagon Manufacturing Intelligence, à Villebon-sur-Yvette (Essonne), le voit notamment dans la mesure sans contact de très haute précision, en laboratoire, » grâce à des capteurs de haute précision capable de mesurer des nanomètres « , souligne-t-il.
Si la rapidité d’acquisition est au centre des préoccupations, les métrologues se penchent aussi sur le software, où des développements sont encore possibles. Michel Henry a son avis sur la question. Il s’agira d' » utiliser des modèles CAO 3D avec leur cotation, pour extraire cette cotation et faire directement des programmes sur les MMT. Parce que, encore une fois, les usineurs veulent gagner du temps, de la simplicité. Utiliser des moyens de mesure tridimensionnels, cela reste aux mains de spécialistes et ils veulent sortir de ça. »
Pour sa part, Julien Bouillet de Keyence, met en avant la mesure 3D laser. » Si cette technologie de balayage laser 3D existe déjà, elle reste encore très difficile à utiliser, très contraignante et pas forcément pratique. »
La tomographie à rayon X, dont les premières applications remontent au début des années 1970 dans le domaine médical principalement, s’est ouverte, ces dernières années, à l’industrie de la mécanique, permettant des mesures dimensionnelles (internes et externes), la numérisation 3D ou encore la rétroconception. Alors oui, la tomographie a de gros potentiels de croissance, disent unanimement nos interlocuteurs. Notamment, en l’associant à la fabrication additive. » La fabrication additive permet de faire des formes qui, en se retrouvant enfermées à l’intérieure de la matière, ne peuvent plus être mesurées « , relève le directeur général de Renishaw France, qui ajoute que » la tomographie permet de mesurer des pièces d’usinage qui sont tellement petites que les moyens conventionnels ne sont plus adaptés « .