A Toulouse, Fusia passe du prototype à la série
Fondée en 2011, l'entreprise spécialisée dans la fabrication additive se lance désormais dans la production de pièces de moteur pour l'aéronautique.
Quand en 2011, Cyrille Chanal décide de lancer à Toulouse sa start-up Fusia dans le domaine de la fabrication additive métal, il visait déjà le secteur de l’aéronautique. » Il a été d’une certaine manière un peu avant-gardiste, glisse Arnaud Votié, directeur de la recherche, développement et innovation. Peu de besoins étaient émis, mais il a eu une intuition argumentée avant de se lancer. » Il faut que dire que sept ans plus tôt, il avait acquis Esteve (lire encadré), une entreprise toulousaine dans la fabrication de pièces de précision pour l’aéronautique, le spatial et la défense. L’un ne pouvait pas aller sans l’autre.
Si dans les premiers temps Fusia a réalisé des prototypes, » qui visaient plutôt à évaluer la technologie « , souligne M. Votié, depuis elle a répondu à ses premières commandes de clients, pour du prototypage. Aujourd’hui, elle en est au stade de débuter des séries.
» Nous avons fabriqué des pièces dans le but de les produire par la suite en série, dit le responsable de la R&D. Il s’agit de pièces pour les moteurs, pour les accroches de systèmes. Un contrat est imminent. » Pour Arnaud Votié, des constructeurs comme Airbus sont prêts pour intégrer dans leur programme des composants fabriqués avec cette nouvelle technologie. » La 3D est propice et nous sommes désormais dans une phase d’industrialisation « , assure-t-il.
Eliminer les opérations d’assemblage
Pour notre interlocuteur, la fabrication additive, dans le secteur de l’aéronautique, concerne essentiellement des pièces complexes pour de la petite et moyenne série, dans des matériaux aux performances mécaniques très fortes. » Nous sommes sur des process à forte valeur ajoutée, qui vont nous permettre de gagner du temps dans la supply chain « , indique cet ancien élève de l’Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers. En effet, grâce à la fabrication additive, un sous-ensemble peut être produit sur une seule machine, ce qui va éliminer les opérations d’assemblage, la visserie ou l’usage de la soudure.
Dans les ateliers de Fusia, rue Claude-Gonin, on maîtrise la fusion laser ou ALM (additive layer manufacturing), depuis un parc machines composé de deux EOS M280 et d’une M290, travaillant dans les volumes de 250 x 250 x 300 mm.
Pour fondre du métal, un faisceau laser d’une puissance de 400 W se déplace, selon les données 3D entrées dans l’ordinateur, au-dessus d’une fine couche de poudre, dont les particules fusionnent sur une zone de seulement 0,1 mm de diamètre. » La pièce se crée par couches successives, en intégrant, à volonté, des cavités, des nervures ou des tuyaux… Le tout avec une grande liberté géométrique et en quelques heures « , décrit Fusia, qui assure que la fusion-laser respecte la santé de la matière et offre des caractéristiques mécaniques supérieures à la fonderie.
Dispersions thermiques
On pourrait penser que les dispersions thermiques viennent fragiliser la pièce. Arnaud Votié nuance : » Les contraintes thermiques font partie des contraintes de fabrication que nous intégrons parfaitement. Par exemple, le traitement thermique va nous permettre d’éliminer ces contraintes-là. Vu le procédé, la notion de contraintes thermiques prend pleinement sa place, mais ce n’est pas un problème pour la pièce, nous les annulerons dans le processus global de fabrication. »
La start-up, qui a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 500 000 euros, assure être en mesure de produire des pièces avec une précision dimensionnelle de l’ordre du dixième de millimètre. Fusia travaille aussi bien les aluminiums AS10G, AS7G06, l’acier maraging 300, l’Inconel 718, le titane TA6V, l’inox 15-5 PH et 17-4 PH, que le Hastelloy X et cobalt-chrome (CoCrMo).
La complémentarité avec Esteve est évidente. Equipée de machines-outils à commande numérique, l’entreprise fondée en 1972, qui signa en 1987 son premier contrat avec l’Aerospatiale, permet à Fusia de réaliser toutes les opérations de finition de ces pièces 3D.
Esteve et Fusia : les dates clés
1972 : Création de la société par Guy Esteve
1987 : Signature du premier contrat avec l’Aérospatiale
1992 : Obtention de l’agrément qualité ISO 9002
2004 : Cyrille Chanal fait l’acquisition de la société Esteve
2008 : Acquisition de la SARL Rumeau, société de fabrication d’outillages et d’équipements aéronautiques
2011 : Création de la start-up Fusia, spécialisée dans l’impression 3D métal
2012 : Création du Groupement d’intérêt économique Nodea Industries avec les sociétés Aerem et Sud Projet
2014 : Création de Fusia Inc. Impression 3D Métal à Montréal, au Canada