Trop jeune pour être apprenti ?
Utilisé pour lutter contre le chômage des jeunes et diminuer l’échec scolaire, l’apprentissage a perdu de sa dynamique. Pour preuve, cette filière de formation initiale, qui s’adresse aussi bien aux collégiens qu’aux lycéens, attire de moins en moins les candidats. Après vingt ans de croissance quasi ininterrompue, les entrées en apprentissage dans le second cycle de l’enseignement secondaire baissent. Une décroissance qui a débuté en 2009, selon l’Insee.
Dès le collège, les jeunes boudent l’apprentissage, observe l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dans un rapport paru le 4 juillet. « En 2014, ils sont 33,8 % à choisir un lycée professionnel ou un centre de formation d’apprentis, contre 37,8 % en 2006, soit une baisse d’environ 30 000 collégiens par an », relève l’Insee. Si bien que la part d’élèves de troisième qui transitent vers l’apprentissage est passée de 7,7% en 2006 à 5% en 2014.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’âge des élèves en serait l’une des causes. Premier constat : une baisse de 24% des entrées d’apprentis du second cycle du secondaire a été enregistrée entre 2008 et 2015, alors que l’apprentissage dans le supérieur progressait de 48 %. Second constat : 13,1 % des élèves en retard en troisième se sont orientés, en 2014, vers l’apprentissage, contre 2,2 % des élèves sans retard scolaire ou en avance. Seulement voilà, avec la baisse du redoublement, on observe que 80 % des élèves de troisième ont désormais 13 ou 14 ans au début de leur année scolaire. Un âge où « la poursuite d’études dans l’enseignement général paraît souvent préférable pour des jeunes qui n’ont pas forcément la maturité, le goût ou la mobilité suffisante pour entrer dans une entreprise », écrivent Élise Pesonel et Philippe Zamora, les auteurs du rapport. A quoi s’ajoute, surtout dans l’industrie, la crainte des employeurs d’accueillir des élèves en CAP ou bac professionnel beaucoup trop jeunes, face à des « risques d’accident très important dans un cadre de travail industriel (machines dangereuses, produits toxiques) ».
Face à cette inévitable baisse du nombre de candidats, provocant des situations de pénurie de main-d’œuvre sur le marché de l’apprentissage, des fournisseurs industriels comme Ventura et le groupe Dixi Polytool ont su écouter les besoins de leurs clients usineurs, en mettant en place, par exemple dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), un centre de formation sur les tours automatiques à torche, où le manque d’opérateurs fait cruellement défaut.