La guerre de l’aluminium
Souvenez-vous, c’était le 8 mars dernier, les États-Unis du président Trump venaient d’instituer des mesures de sauvegarde sur les importations d’acier et d’aluminium. Depuis le 1er juin, ces mesures s’appliquent désormais aux importations originaires de l’Union européenne. Des droits de douane américains qui entraînent « un détournement des échanges », a expliqué, cet été, la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström. Et de reconnaître, dans un communiqué, n’avoir pas « d’autre choix que d’introduire des mesures de sauvegarde (appliquées depuis le 19 juillet, Ndlr) », visant à préserver l’industrie européenne « contre une poussée des importations ».
Mais au-delà de ces mesures, les organisations Aluminium France et European Aluminium ont demandé à la Commission européenne de « surveiller avec vigilance les hausses d’importations et de défendre son industrie contre un afflux d’importation d’aluminium si nécessaire ». En effet, l’industrie européenne et française de l’aluminium risque d’être affectée par une réorientation de ce métal blanc en provenance de pays tiers visés par les mesures américaines. Réorientation qui pourrait entraîner l’entrée supplémentaire en Europe de 35% de demi-produits en aluminium, selon le représentant de la filière. Avec pour conséquence de générer « une concurrence déloyale » pour les producteurs tricolores et européens. Lesquels doivent déjà faire face à la surcapacité croissante de la Chine dans l’aluminium primaire et les demi-produits.
Première cause des déséquilibres du marché mondial, la surcapacité chinoise est dans le collimateur des deux représentants de l’industrie de l’aluminium, à l’échelle nationale et européenne. « La surcapacité totale de la Chine est actuellement d’environ 10 millions de tonnes, soit près de 5 fois la production totale d’aluminium primaire de l’UE », affirment European Aluminium et Aluminium France. Au cours du premier trimestre 2018, les importations chinoises de produits laminés plats vers l’UE ont bondi de 37% par rapport à la même période l’année dernière, s’inquiètent les deux organisations.
Quant aux produits extrudés, les importations ont augmenté de 22% sur la période janvier-mars. Et selon le produit, les parts des importations chinoises de produits extrudés varient de 31% à 75% de toutes les importations dans l’UE, souligne le représentant des producteurs européens d’alumine et d’aluminium primaire, pour qui il y a urgence de rééquilibrer le marché de l’UE à court terme.