L’usine du futur en manque de ressources… humaines
Qu’on la baptise Industrie 4.0 ou Usine du futur, l’évolution des modes de production est bien réelle, à l’heure où les technologies sont quasiment toutes connectées ou connectables. Face à ces nouveaux enjeux, qui impacteront aussi l’organisation des ateliers, il faudra inventer de nouveaux dispositifs de collaboration.
En sortant des organisations néo-tayloriennes du travail, « encore prégnantes dans nombre d’entreprises industrielles », relève l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), dans son étude « Préparer l’industrie de demain », les entreprises devront mettre en place des organisations « responsabilisantes », en îlots de production, faisant appel à l’autonomie, à la créativité et à la collaboration des salariés.
Seulement voilà, pour l’IUMM, il y a une « inadéquation persistante » entre l’orientation, l’offre de formation initiale et les besoins de l’économie. L’organisation patronale s’alarme d’une pénurie de main-d’œuvre suffisamment qualifiée, dans de nombreux secteurs d’activité, mais surtout dans les PME. Et de pointer du doigt son origine : « Cette carence en matière d’orientation et l’adaptation insuffisante de la formation initiale aux besoins des entreprises résultent notamment de liens trop distendus entre l’Éducation nationale d’une part, et les entreprises d’autre part. »
Et ce n’est pas qu’en France que le problème met à mal les entreprises manufacturières. Comme le révèle un rapport de l’EEF, l’association de fabricants européens, les trois quarts d’entre eux ont été confrontés à des difficultés de recrutement de main-d’œuvre qualifiée au cours des trois dernières années.
Dans une tribune, Sabby Gill, vice-président exécutif international chez Epicor Software, un éditeur de logiciels ERP, assure que les candidatures restent insuffisantes par rapport au nombre de postes ouverts et les chercheurs d’emploi ne présentent pas les qualités techniques requises pour occuper ces postes. L’étude de l’EEF met en garde le secteur : « Les projets visant à améliorer la productivité et à capitaliser sur l’industrie 4.0 pourraient être compromis. » Sachant que la situation pourrait bien « s’obscurcir encore puisque la demande en compétences ne peut qu’exploser ».
Car, comme le décrit le guide pratique, de plus de 80 pages, que vient de publier le pôle de compétitivité français EMC2, « L’humain au cœur de l’Industrie du Futur » (lire notre article pages 86 et 87), « les entreprises qui réussiront le mieux la transition vers l’Industrie du Futur seront celles qui placeront l’humain au cœur de leur projet de transformation ». Encore faut-il que ces nouvelles compétences existent bien sur le marché du travail.