L’ingénierie positive
Elle s’appelle Isabelle Huynh. Diplômée, en 2014, en génie mécanique de l’INSA Lyon, la jeune femme passionnée par « le côté technique de la conception » affirme être capable de « rester des heures devant une pièce mécanique sans m’en lasser ». Salariée épanouie dans une entreprise de fabrication de machines à café en capsules, jusqu’au jour où elle cherche à donner du sens à son travail. L’effet déclencheur ? Elle confie s’être étonnée, à la pause déjeuner, de manger une tomate en plein mois de décembre ou d’utiliser un Tupperware qui n’était pas en verre. « Et le paradoxe s’est révélé, dit-elle. Comment pouvions-nous, ingénieurs, être si incohérents entre nos valeurs personnelles et l’exercice de notre métier ? » Puis, lorsqu’est venu le projet d’« implémenter le Bluetooth pour pouvoir lancer son café depuis son lit », cela a été « la goutte de trop pour moi ». Isabelle Huynh démissionne. « Je travaillais sur des produits de grande consommation où le marketing nous dictait le cahier des charges », confie-t-elle sur le site Internet de l’institut national des sciences appliquées de Lyon, son ancienne école.
En tant qu’ingénieur, Isabelle ne veut plus consacrer son temps et dépenser son énergie à créer des « objets inutiles », mais concevoir des « produits qui améliorent réellement la vie des personnes de façon durable et bienveillante ». Voilà son projet de vie. Voilà pourquoi elle a décidé de fonder une association. « Je savais que mes collègues n’étaient pas des cas isolés de professionnels dont le métier n’est pas en accord avec leurs idées personnelles », affirme-t-elle, dont l’objectif à présent est de pouvoir « mêler technique et impact social ». Et c’est bien « pour partager et diffuser les réflexions de ma quête de sens », que son association La Clavette voit le jour. Ce nom n’est pas sans rappeler cette pièce mécanique, dont la fonction est de lier en rotation deux éléments mécaniques. « Ce qui m’intéresse, c’est être à la jonction, faire le lien entre le monde technique et la société », dit-elle. Avec La Clavette, Isabelle a mis en avant un concept, jusque-là peu connu : l’innovations frugale. Lancé par Navi Radjou, un franco-indien consultant en stratégie, il s’agit d’une démarche née dans les pays émergents et qui consiste à faire mieux avec moins, stimulant la créativité et l’ingéniosité. Avec son association, elle intervient auprès des écoles d’ingénieurs et s’emploie à trois missions : faire grandir l’esprit critique chez les élèves-ingénieurs, entretenir la capacité à se projeter dans le futur et développer une vision systémique du métier. A son tour, Isabelle Huynh a créé son propre concept, celui de l’ingénierie positive, et mange désormais ses tomates en juin !