Industrie 4.0 : le match France-Allemagne
Nous consacrons dans ce numéro 1065 un cahier spécial Industrie 4.0, dans le cadre de l’événement Global Industrie, qui se tiendra à Lyon du 5 au 8 mars, et dans lequel est organisé Smart Industries, le salon orienté « industrie du futur », qui regroupera, sous les halls d’Eurexpo, les acteurs de l’industrie connectée, collaborative et efficiente.
Souvent comparées entre elles, les entreprises industrielles françaises et allemandes ont-elles conscientes de la nécessite de prendre le virage du numérique au sein de leur système de production ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est dans la première économie européenne que cette transformation semble la moins évidente. A la lecture d’une publication de Bpifrance, rédigée par le cabinet Kohler C&C, on observe que près de la moitié des entreprises du Mittelstand (il s’agit d’un ensemble de PME et grandes entreprises familiales peu connues du grand public mais plutôt bien positionnées sur le marché mondial), soit 49%, « ne considèrent pas la prise en compte des enjeux liés à la numérisation comme une priorité », selon l’étude. Autre surprise : l’analyse dévoile que la numérisation représente l’enjeu le plus important pour 88% des entreprises de l’agroalimentaire, contre 61% dans l’industrie mécanique, des métaux et de l’acier.
Pendant ce temps, en France, l’Etat a décidé, en octobre dernier, de lancer son plan « France Num », visant à accompagner et soutenir les TPE et PME du territoire dans leur transformation numérique. Avec l’objectif d’y arriver d’ici à trois ans.
Et c’est sur le sujet du financement, que nos entreprises tricolores peuvent prendre une longueur d’avance sur leurs rivales d’outre-Rhin. En effet, l’étude de Bpifrance montre que le frein à la diffusion de l’Industrie 4.0 parmi les entreprises du Mittelstand reste le financement. « Par comparaison avec la France, un acteur manque en effet dans le paysage des multiplicateurs de l’Industrie 4.0 : ce sont les banques. Les banques privées n’ont pas encore investi le sujet. Quant aux banques publiques (KfW et banques régionales d’investissement), elles restent pour l’instant en retrait », écrivent Dorothée Kohler et Jean-Daniel Weisz, de Kohler C&C.
Tandis que dans l’Hexagone, la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Etat et Bpifrance proposent, dès cette année, « une garantie de place qui permettra à des banques partenaires d’octroyer près d’un milliard d’euros de prêts aux TPE/PME à des conditions favorables », souligne-t-on au secrétariat d’Etat chargé du Numérique. Ainsi, Bpifrance et la BEI apporteront leur garantie aux banques commerciales, afin de proposer des « prêts très avantageux dédiés au développement numérique des PME et TPE », dit-on du côté de Bercy. Voilà une excellente raison de se rendre à Smart Industries, le souci du financement d’un équipement 4.0 en moins.