Féminiser les emplois industriels
Lors du salon Global Industrie, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, soulignait la volonté du gouvernement de parvenir à la parité hommes-femmes pour les emplois industriels. Plus qu’un principe, la féminisation des emplois est aussi une question de bon sens, au vu des besoins insatisfaits d’embauche dans l’industrie mécanique.
Ancienne inspectrice des finances, Agnès Pannier-Runacher connaît également bien l’industrie, ayant été directrice de la division clients recherche et développement de Faurecia Interior Systems, entre 2011 et 2013, puis DG déléguée à la Compagnie des Alpes. Lors de l’événement phare de l’industrie mécanique, à Lyon, elle est venue inaugurer le salon et porter la parole du gouvernement en faveur de la parité des emplois féminins et masculins dans ce secteur. « Ce n’est pas qu’une question d’ingénieur ou de doctorant, ou d’emploi administratif, précisait-elle en introduction, mais aussi d’opérateur CNC, de maintenance et de responsabilité opérationnelle à tous les niveaux. » En évoquant l’évolution positive des conditions de travail dans les ateliers, moins pénibles et plus techniques, la secrétaire d’Etat a souligné le « combat à mener auprès de l’Education nationale » pour revaloriser l’image de l’industrie et de l’opportunité de carrières « formidables » pouvant être menées dans l’industrie, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. « Ces métiers sont porteurs de sens », disait-elle, en soulignant la croissance de professions de plus en plus créatrices de valeur ajoutée, grâce au développement de l’Industrie du Futur.
A ses côtés, la PDG d’Eramet, Christel Bories, témoignait de la réussite d’une femme à la direction d’un groupe industriel côté au CAC 40. « Aujourd’hui, 22% des cadres sont des femmes chez Eramet, et notre objectif est de porter ce chiffre à 30% », indiquait-elle. « Mais il est encore nécessaire de changer le regard de l’industrie sur les femmes, aussi bien que le regard des femmes sur l’industrie », énonçait-elle en écho aux propos de la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances.
Changer le regard de l’industrie sur les femmes
De nombreux entrepreneurs n’ont pas attendus ces déclarations pour féminiser des emplois auparavant exclusivement masculins. Mais leurs efforts sont encore trop peu visibles. Sur le même salon, les industriels en visite citaient majoritairement les difficultés de recruter du personnel motivé et fiable comme l’une de leurs premières préoccupations. Ce besoin peut trouver une solution avec la féminisation des emplois, à conjuguer avec la formation continue. Nous l’avons déjà évoqué dans les colonnes de la revue Machines Production, tous les industriels ayant pris cette voie ne peuvent que s’en féliciter. La minutie, l’ordre et la propreté sont des qualités requises pour construire l’industrie 4.0 et, très souvent, fortement partagées par les femmes.
Avec la cobotique et le numérique, la force physique disparait au profit de la créativité. La réalité augmentée permet de former et d’apporter les informations utiles aux tâches quotidiennes, pour une formation sur le terrain dépassant les genres et la formation de base. Peu de jeunes filles empruntent les filières techniques pour construire leur carrière. Si l’Education nationale prend aujourd’hui conscience de la valeur des métiers industriels, ce sont encore très majoritairement les garçons qui sont orientés vers ces filières. C’est donc aux industriels eux-mêmes de faire cet effort de formation. Tous les témoignages reçus lors de nos reportages démontrent qu’ils en sont toujours récompensés par l’efficacité des formations dispensées, et par la fiabilité des femmes ainsi recrutées. Certes, ces témoignages proviennent d’entreprises ayant déjà entrepris la transformation digitale et robotique de leur entreprise. Mais cela prouve seulement que la féminisation des emplois rejoint naturellement le dynamisme des sociétés industrielles. Ainsi, l’investissement dans l’industrie 4.0 se révèle d’une grande cohérence avec l’arrivée importante des femmes dans ces ateliers. C’est aussi une réponse positive à la pérennisation des entreprises.