Eco-Tech Ceram rachète l’atelier Divina
Le spécialiste toulousain de la récupération de chaleur industrielle a pris cet été cette chaudronnerie albigeoise qui fabriquait déjà ses stockeurs Éco-Stock. Avec un objectif affiché : diviser par deux les délais de production pour accélérer son déploiement.
Le client a racheté son fournisseur. Depuis le 9 septembre, la chaudronnerie Divina, installée rue Antoine-Lavoisier dans la zone industrielle d’Albi-Saint-Juéry (Tarn), a pour présidente la société Eco-Tech Ceram (ETC). Il faut dire que les deux entreprises se connaissent bien : depuis les débuts de la jeune pousse toulousaine, c’est dans cet atelier que sont fabriquées les cuves de ses stockeurs thermiques Éco-Stock et ses générateurs d’air chaud électriques E-Burner. Charles Dottridge, qui dirigeait Divina, conserve la direction générale du site, et les douze salariés de l’atelier restent en place.
Une batterie thermique, c’est d’abord de la chaudronnerie
Mais alors, pourquoi une entreprise d’ingénierie thermique s’offre-t-elle une chaudronnerie ? Pour le comprendre, il faut regarder de plus près ce qu’elle installe concrètement chez ses clients. Fondée en 2014 par Antoine Meffre dans le prolongement de travaux menés au laboratoire Promes du CNRS, ETC s’attaque à un gaspillage bien connu des sites gros consommateurs de chaleur : l’énergie qui s’échappe des fours avec les fumées. Son produit phare, l’Éco-Stock, fonctionne alors comme une batterie. Il capte cette chaleur, la stocke dans des blocs céramiques jusqu’à 1 000 °C, puis la restitue à la demande, le plus souvent pour alimenter des séchoirs qui brûlaient jusque-là du gaz. À cela, l’entreprise ajoute désormais l’électrification : ses E-Burner produisent de l’air chaud à partir d’électricité achetée aux heures où elle est la moins chère, le stockage permettant d’en décaler l’usage.
Le savoir-faire breveté d’ETC tient donc aux céramiques et au pilotage de l’ensemble. Mais vu depuis l’atelier, un Éco-Stock est d’abord un gros ouvrage de chaudronnerie : une enveloppe métallique qui doit tenir des températures élevées, une structure capable de porter plusieurs tonnes de céramique, de la tuyauterie pour faire circuler l’air chaud et les fumées, et un calorifugeage soigné pour ne pas perdre en route la chaleur qu’on a pris la peine de stocker. Autrement dit, la qualité de la fabrication conditionne directement les performances promises au client.
Ces performances, ETC peut désormais les chiffrer. L’entreprise revendique huit installations en service, plus de 100 000 heures de fonctionnement cumulées et 1,5 million d’euros d’économies d’énergie pour ses clients, majoritairement des céramistes et des métallurgistes. Autre argument qui pèse auprès des industriels : ils n’ont pas forcément à sortir un euro. ETC vend ses installations clé en main, mais peut aussi les faire financer par sa filiale ETC Invest, dotée d’une capacité de 30 millions d’euros. Le site achète alors la chaleur produite à prix fixe, à partir de 25 euros le mégawattheure, sur des contrats de dix à douze ans, ou loue l’installation.
Trois mois de fabrication ramenés à un mois et demi
C’est précisément ce modèle qui rend la question des délais si sensible. Car quand ETC Invest finance une installation et se rémunère sur la chaleur livrée, chaque semaine de fabrication est une semaine sans recette. Pour le client, c’est une semaine de plus à brûler du gaz. Or, selon ETC, l’intégration de Divina fait passer le délai de production d’un Éco-Stock de trois mois à un mois et demi. Et bien que l’entreprise ne détaille pas l’origine de ce gain, la logique se devine : quand l’atelier appartient à la maison, les stockeurs n’attendent plus leur tour dans le carnet de commandes d’un sous-traitant. Thermiciens et chaudronniers règlent ensemble, en direct, les questions de fabrication.
« Avec Divina, nous ne sommes plus seulement un bureau d’études. Nous devenons un industriel complet, maître de toute notre chaîne de valeur, ce qui nous permet de produire plus vite, à meilleur coût, tout en protégeant notre technologie », résume Fabienne Di Santo, directrice générale d’ETC. Ce dernier point n’est pas anodin : fabriquer en interne, c’est aussi garder chez soi le détail de conception de ses équipements.
Le rachat s’inscrit dans le plan de croissance engagé après la levée de fonds de 16 millions d’euros bouclée en juin 2025 auprès de Crédit Mutuel Impact et de Bpifrance. ETC s’est depuis réorganisée autour d’un binôme : Fabienne Di Santo, forte de près de vingt ans d’expérience dans l’industrie et l’énergie, notamment chez Air Liquide, a pris la direction générale aux côtés d’Antoine Meffre, resté président et chargé, entre autres, de la réduction des coûts de production et de la croissance externe. Le rachat de Divina en est ainsi l’application directe.
Un atelier prêt à changer de rythme
Côté albigeois, l’atelier qui rejoint ETC n’a rien d’une affaire à redresser. Fondée en 1933 par Tulio Divina, qui a débuté dans la serrurerie, l’entreprise a été reprise en 1969 par Claude Divina, puis par Charles Dottridge, devenu actionnaire majoritaire en 2015. Entre 2019 et 2021, la PME a mené un important plan d’investissement : renouvellement des machines, réorganisation de l’atelier et démarche « Industrie du futur » conduite avec la CCI et la société Toptech. Elle conçoit, fabrique et pose des pièces chaudronnées et mécanosoudées en acier et en inox, ainsi que de la tuyauterie industrielle, à l’unité comme en petites et moyennes séries. Et malgré le rachat, ce savoir-faire ne sera pas réservé à sa nouvelle maison mère. Divina continuera de servir ses clients historiques. « Rejoindre ETC, c’est prolonger notre partenariat historique et offrir à nos équipes une nouvelle ambition industrielle, tout en continuant à servir nos clients traditionnels avec des moyens renforcés », explique Charles Dottridge.
Reste à transformer l’essai. ETC, qui compte une vingtaine de salariés, vise 80 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2032 et veut s’imposer en Europe dans la décarbonation de la chaleur industrielle, un marché que la volatilité des prix du gaz rend plus pressant que jamais. Pour y parvenir, il faudra enchaîner les installations à un tout autre rythme. C’est désormais l’affaire de l’atelier de la rue Lavoisier qui, après avoir débuté dans la serrurerie il y a quatre-vingt-treize ans, fabrique aujourd’hui des batteries thermiques pour les fours de l’industrie.
à propos de fabrication
les plus lus
à lire aussi
Les nouveaux produits
Poignées cintrées en aluminium rondes, autoadhésives
La poignée cintrée autoadhésive ne nécessite ni perçage ni vissage. Grâce à sa bande adhésive de haute qualité, cette poignée peut être fixée sans outil et en toute sécurité sur diverses surfaces propres telles que l’acier, le verre ou le plastique.