Les affûteurs poursuivent leur mutation
Depuis l'arrivée du carbure de tungstène, les ateliers d'affûtage français ont dû sans cesse se remettre en cause et étendre leur offre pour résister, voire même se regrouper.
Chez les affûteurs français, la diversification a été salutaire. En s’orientant également dans la production d’outils spéciaux, les professionnels ont pu disposer d’un ballon d’oxygène, pour résister à un marché orienté à la baisse. Comment expliquer cette mutation ? L’arrivée du carbure de tungstène, entraînant le recul de l’acier rapide, a bousculé la profession. » Aujourd’hui, le marché des fraises en acier rapide est vraiment limité à de gros outillages, ou à certaines applications, où l’on rencontre des problèmes d’écrouissage avec le carbure, » explique Jérôme Henry, président depuis 2014 du Snafot, le Syndicat des affûteurs français d’outils tranchants, fondé en 1976. » En perçage et fraisage, le carbure de tungstène a pris une part importante du marché, qui fait que l’acier rapide a complètement diminué. » Selon le gérant de Drumont technologie diamant à Xertigny (Vosges), il y a 25 ans, les affûteurs ne proposaient pratiquement que de l’acier rapide dans leur catalogue, » alors qu’aujourd’hui, cela représente seulement 7% de leur vente. Le reste étant principalement le carbure de tungstène « .
D’autant plus que la fabrication d’outils en acier rapide est complexe et nécessite plusieurs opérations. » Car il y a du fraisage, tournage, du traitement thermique et ensuite de l’affûtage, » détaille le président de l’association organisatrice du salon Aff’Tech (du 23 au 25 mars 2017 à Reims). » Aujourd’hui, pour faire un outil en carbure, on achète du carbure et on le taille, ça se limite à cela. Il n’y a plus qu’une opération. Ainsi, une entreprise équipée de plusieurs machines d’affûtage se voit donc obligée, économiquement parlant, de faire de la fabrication d’outillages. »
» La CN est indispensable »
Après avoir fait évoluer leur stratégie, les affûteurs, qui seraient, selon le Snafot, environ 500 dans l’Hexagone, » nous assistons à un phénomène de regroupement des sociétés, notamment par de la croissance externe « , constate Jérôme Henry, élu sur un mandat de quatre ans. Ce qui a permis aussi de faire face à une pénurie de main-d’oeuvre. De plus, » un atelier demande de plus en plus de moyens financiers « , note le président de l’organisation patronale. Car un virage technologie a également été opéré chez les spécialistes de l’affûtage des outils coupants. » Nous sommes passés de l’affûtage traditionnel à la commande numérique, » relève M. Henry, dont le syndicat regroupe 65 membres. » Aujourd’hui, la CN est indispensable, car les géométries des outils sont de plus en plus complexes, parce que plus adaptés au couple outil-matière, les tolérances demandées par les clients sont plus importantes que par le passé. Par conséquent, la partie contrôle s’est également développée. »
L’affûteuse 5 axes, au coût élevé, est devenue l’équipement indispensable pour répondre aux demandes des usineurs. » Tout affûteur métal va devoir investir dans une machine 5 axes, assure Jérôme Henry. Les données des fabricants indiquent qu’il y aurait de 1 000 à 1 200 sociétés intéressées par l’acquisition d’une machine 5 axes en France. Il peut s’agir aussi bien de fabricants d’outils spéciaux que d’usineurs qui vont produire des pièces complexes avec de la rectification. »
Ces machines, bien souvent achetées neuves, représentent donc des investissements importants, donc » pour les amortir, les entreprises sont obligées de les charger en passant par la production d’outils, » insiste le président du Snafot, dont le siège se trouve à Cenon, dans la métropole bordelaise. » Les affûteurs doivent aussi compenser la perte d’activité par rapport à l’utilisation plus importante des plaquettes amovibles sur les outils. » Un autre phénomène a touché les ateliers d’affûtage, la production d’outils de plus en plus petits. » Ce qui réduit aussi le volume des affûtages « , dit Jérôme Henry.
La fabrication additive, un levier de croissance ?
La fabrication additive, où il est nécessaire de reprendre les pièces en usinage pourrait-elle offrir une nouvelle source de revenus pour les affûteurs ? » Ce sont souvent des matériaux d’apport qui sont durs, avec des problèmes d’écrouissage de matière « , constate Jérôme Henry. » Avec des usures d’outils importantes, mais cela reste au stade de la reprise et de la finition. Cela va être une source de diversification mais pas forcément une source de croissance, car ce sont des métaux sur lesquels on enlève beaucoup moins de copeaux. »
Certains essaient de se diversifier dans le traitement de surface, remarque-t-on au Snafot. Pour ceux qui sont équipés en interne. Ainsi, » pour amortir leur installation ils cherchent d’autres marchés et pratiquent une sous-traitance plus large « , glisse Jérôme Henry.