Robotique : la France se fait distancer par l'Espagne | Machines Production

Robotique : la France se fait distancer par l’Espagne

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Automatisation / Robotique Par Machines Production Publié le  30/11/2016
Robotique : la France se fait distancer par l’Espagne

Le marché se porte bien partout dans le monde, alors que la France peine encore à intégrer davantage de nouveaux robots. Les modèles collaboratifs vont-ils pour autant amplifier cette croissance ?


Avec un approvisionnement de 3 766 robots en 2015, l’Espagne signe un record national, certes très loin de l’Allemagne, qui améliore le sien avec 20 105 nouveaux robots installés dans son industrie, contre 20 051 en 2014, selon les données de l’IFR, la fédération internationale de la robotique. Mais nettement devant la France, qui occupe désormais le 4e rang en Europe, avec 3 045 unités, alors qu’en 2014 elle devançait notre voisin ibérique avec 2 944 nouveaux robots contre 2 312. Dans l’Hexagone, le record d’unités installées remonte à l’année 2000, avec 3 700 robots vendus sur le territoire.
Malgré un certain buzz médiatique, l’opération du Symop, Robotcaliser, qui a aidé à lancer Robot Start PME, visant à soutenir 250 PME dans la mise en place de leur premier robot, n’a pas donné l’impulsion nécessaire pour que notre pays puisse rattraper son retard. Bien que son parc enregistre 32 200 robots contre 29 700 en Espagne. Alors pourquoi ça ne décolle pas, dans l’industrie mécanique notamment ?  » C’est un système automatique, ce n’est pas mécanique, ils ne maîtrisent pas forcément le sujet « , relève David Gabert, chargé d’affaires à Techplus, un intégrateur de cellules robotisées à Reignier-Esery (Haute-Savoie), qui prévient :  » Attention à l’échec de l’intégration.  » Un usineur, désireux de s’équiper, mais qui n’aurait pas mis la bonne personne ou sans formation, pour piloter une cellule robotisée,  » et on se retrouve avec un robot à l’arrêt à côté de la machine, avec un client qui n’investira plus jamais dans la robotique « . Son conseil :  » Pour une première intégration, il faut y aller doucement. Faisons déjà de ce premier projet une réussite.  »
Pour une entreprise de mécanique, même si  » ce n’est pas naturel au départ, cela commence à changer, enchaîne Jacques Dupenloup, responsable des ventes pour la France chez Stäubli. Sur nos stands, on sent bien que cela bouge dans les têtes. Si, sur un salon, certains usineurs ne viennent pas forcément pour nous acheter des robots, ils cherchent quand même à se renseigner sur nos produits, parce qu’ils reconnaissent qu’ils devront un jour ou l’autre s’équiper.  » Chez le roboticien, appartenant au groupe international basé à Pfäffikon, en Suisse, on considérer le robot  » comme un axe supplémentaire de la machine « .  » Il faut qu’il devienne, d’une certaine manière, une option transparente « , souligne M. Dupenloup.
Si les chiffres de l’année 2016 ne sont pas encore arrêtés en France, on constate au Symop (Syndicat des machines et technologies de production) à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, un dynamisme du marché qui se poursuit.  » Les entrées de commandes sont bonnes comme elles l’ont été sur 2015 « , souligne Catherine Bruzaud, responsable statistiques et marchés. Et d’ajouter :  » Nous restons sur un trend très positif jusqu’à fin septembre. Et les prévisions sur la fin de l’année restent toutes aussi positives.  »

Robot ou machine CN ?
Chargé d’affaires à 3IDM, qui commercialise, depuis ses bureaux de Bailleau-le-Pin (Eure-et-Loir), le logiciel de programmation hors-ligne Robotmaster, Sylvain Lux se retrouve assez souvent consulté dans des dossiers d’investissement, où il est question de choisir entre une machine à commande numérique et un robot.  » Par exemple, dans des projets de détourage, de découpe, d’usinage, le robot paraît attractif parce qu’il est financièrement plus accessible qu’une machine à commande numérique. Mais l’univers du robot représente une nouveauté technologique, qui nécessite de nouvelles compétences, alors que la CN est une technologie acquise depuis plus de trente ans « , analyse-t-il.
 » Il y a une appréhension due à la complexité des robots et l’impossibilité pour l’utilisateur final de se débrouiller tout seul.  » C’est le constat que dresse Christophe Chaumet, expert depuis 20 ans dans les affûteuses.  » Alors que les utilisateurs savaient régler leurs bras manipulateurs, avec le robot polyarticulé intégré dans les machines d’affûtage à commande numérique, on a créé une séparation nette « , poursuit-il. Pour M. Chaumet, qui habite dans l’Ain, l’utilisation du robot intégré dans les machines n’est pas suffisamment exploitée.  » Le fait qu’il soit multiaxes, cela devrait lui permettre de faire autre chose pendant que la machine travaille « , indique-t-il, tout en pointant une autre difficulté, celle de l’intégration.
Se basant sur son expérience de responsable des ventes et du SAV chez des constructeurs de machines d’affûtage, il soulève une question concernant la responsabilité dans le cadre d’une intégration de robots.  » Le fabricant de la machine pourra donner des informations liées à l’intégration du robot sur sa machine, mais la collaboration au projet s’arrêtera là. L’intégrateur, lui, va répondre à un cahier des charges très précis en tenant compte de l’environnement de la machine. Puis, il y aura un troisième partenaire, celui qui va concevoir la préhension de la pièce. Mais pour que tout cela fonctionne, il faut que l’utilisateur final prenne la responsabilité de gérer ces trois partenaires, parce que ni l’un ni l’autre ne voudra prendre le dessus ou être le maître d’oeuvre du projet global. Pour moi, c’est un frein incontestable au déploiement de robots chez les affûteurs.  »

L’investissement en cause
Mais si les industriels tricolores boudent le robot plus qu’ailleurs, c’est peut-être aussi parce que l’envie d’investir n’est pas totalement au rendez-vous.  » La robotique n’est que la partie visible, car plus médiatique, d’un problème plus large, qui est le renouvellement du parc machines dans les entreprises « , affirme André Montaud, directeur général de Thésame, une structure haut-savoyarde spécialisée dans l’innovation dans les PME.
Pour David Gabert, les petites entreprises de sous-traitance mécanique,  » qui sont souvent multiclients, multiproduits, avec des visibilités à court terme, des petits volumes « , prennent beaucoup plus de risque en investissant dans la robotique.  » Sauf que la plupart de ceux qui ont franchi le pas, ont bien vu ce que cela leur apportait : ils ont gagné en flexibilité et en productivité.  » D’autant plus que le  » retour sur investissement est relativement rapide « , affirme Sylvain Lux.
Si le robot reste dans l’esprit des gens destructeur d’emploi, c’est un raisonnement à court terme. Et les spécialistes combattent cette question. Chez Stäubli, l’incontournable roboticien français, dont le site de production se trouve à Faverges (Haute-Savoie), on revendique que  » le robot et l’homme, ce n’est pas un duel mais plutôt un duo « , rapporte Jacques Dupenloup.
Quel avenir pour la robotique alors ? Selon David Gabert, il y aura demain des dispositifs encore plus flexibles, plus faciles à prendre en main, plus évolutifs, plus autonomes, plus fiables. André Montaud voit un usage du robot davantage tourné vers l’assistance à l’opérateur, dans des logiques de réduction des TMS, troubles musculo-squelettiques. Ce peut être un  » troisième bras qui va porter des charges, des exosquelettes qui sont en même temps des sièges pour les opérateurs comme c’est expérimenté chez BMW, avec un siège que porte l’opérateur sur lui, et qui lui permet d’avoir une posture semi-assise pour diminuer la fatigue musculaire lors des montages de tableaux de bord notamment « .
Sylvain Lux prédit une utilisation de plus en plus diversifiée des robots.  » Pendant longtemps, les robots étaient cantonnés à de la palettisation, du pick and place, chargement-déchargement… Donc beaucoup d’opérations de manipulation, analyse-t-il. Or les robots sont de plus en plus employés pour d’autres choses. Ils rentrent désormais plus souvent en compétition avec les machines-outils à commande numérique, y compris dans la fabrication additive.  » D’autres spécialistes reconnaissent que le robot servira aussi à pallier la pénurie de main-d’oeuvre, comme c’est le cas pour le soudage.

Le robot collaboratif séduit et inquiète à la fois
Chez Stäubli, quasiment chaque nouvelle consultation concerne l’achat d’un robot collaboratif. Phénomène de mode ? En tout cas, leur déploiement dans les usines devrait s’accélérer, selon les prévisions de Barclays Equity Research. Travaillant à proximité de l’opérateur, sans cage de protection, ces robots polyarticulés de nouvelle génération, bardés de capteurs, séduisent. Et dans la course à la cobotique, il semblerait qu’aucune nation ne puisse se targuer d’être plus en avance qu’une autre.  » Aujourd’hui, le marché se cherche, analyse André Montaud, directeur général de Thésame, un centre de ressources en mécatronique-robotique basé à Seynod (Haute-Savoie). On n’est plus dans une logique de dire : qu’est-ce que l’on peut faire avec un robot collaboratif ? Et je crois que pour le moment, personne ne le sait réellement.  »
Une chose est sûre :  » Il y a des demandes de robots collaboratifs dans tous les pays, il n’y a pas un pays qui se distingue d’un autre, affirme Jacques Dupenloup, responsable des ventes en France chez Stäubli. C’est la tendance.  » Une intégration qui s’avérerait moins couteuse.  » En mettant du robot collaboratif, les clients sont persuadés que cela leur coûtera beaucoup moins cher, parce que c’est plus simple à installer et que l’on s’affranchit de barrières « , dit M. Dupenloup.
Mais à condition d’assurer la sécurité des ouvriers qui gravitent autour, quand ils ne doivent pas travailler avec le robot. Spécialiste en ingénierie robotique en Haute-Savoie, Lionel Sublet, fondateur de Techplus, prévient : si le robot collaboratif a été conçu pour travailler auprès de l’homme, notamment en ralentissant sa vitesse quand celui-ci se trouve à proximité, qu’arrivera-t-il si la pièce échappe au bras polyarticulé lorsqu’il amorce une rotation à pleine vitesse ?  » Une pièce peut voler, si, par exemple, un opérateur n’a pas mis le bon jeu de mors, ou qu’ils soient tout simplement usés « , alerte M. Sublet, qui ajoute :  » Si on devait procéder à une profonde analyse des risques, il n’y a pas un robot collaboratif qui puisse être installé.  »

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