A chacun son métier
Une fois de plus, l’intervention du gouvernement dans un dossier industriel – celui d’Alstom Belfort – pose question :
Les prérogatives régaliennes de l’Etat peuvent-elles, doivent-elles, impacter la stratégie des entreprises privées ? La réponse est clairement négative. Les intérêts et compétences des politiques ne sont pas compatibles avec une gestion efficace des entreprises dans une économie mondialisée. En faisant supporter, in fine, au contribuable un sauvetage illusoire, l’Etat ne fait que retarder une évolution indispensable. De plus, il donne l’impression aux chefs d’entreprises et aux salariés qu’il « peut tout » et qu’eux-mêmes sont affranchis des efforts nécessaires d’adaptation et de formation. L’Histoire industrielle de notre pays a prouvé à maintes reprises que c’était une erreur. Pour la machine-outil française, cette intervention dans les années 80 a été fatale.
Sur un autre plan, en voulant transformer les entreprises en collecteurs d’impôts par le prélèvement à la source des impôts sur le revenu, l’Etat rajoute un facteur de risque important dans les relations entre employeurs et employés : le salarié ne verra, à terme, que son net perçu. Or, le prélèvement à la source va induire des différences de traitement en fonction des situations familiales, pour une même fonction au sein d’une même entreprise. Avec la meilleure pédagogie du monde, les employeurs ne pourront pas tout expliquer. Les PMI n’en ont d’ailleurs ni les moyens, ni le temps. D’autre part, les salariés ayant des revenus autres que salariaux ne seront-ils pas pénalisés inconsciemment dans leur développement de carrière ? Et comment les salariés vont-ils percevoir le fait que leur employeur sache leur situation, même si le taux neutre proposé par Bercy essaie de voiler cette connaissance ? Beaucoup de facteurs de tensions vont être créés ainsi, sur lesquels les syndicats les plus radicaux ne manqueront pas de faire un lit de contestation.
S’il se laisse ainsi dépouiller de ses obligations de gestion stratégique, ou imposer des fonctions de collecteur d’impôts en lieu et place de l’administration fiscale, le patronat et ses représentants porteraient aussi une lourde responsabilité dans les dérives à venir.
L’Etat et son administration doivent être au service des entreprises françaises, afin de leur construire un cadre législatif, économique et social propre à leur développement national et international. Ce cadre doit être évolutif afin de tenir compte de la compétition croissante dans lequel notre monde industriel est inscrit de manière inéluctable. L’Etat et les collectivités territoriales l’ont fait avec les pôles de compétitivité, l’Alliance pour l’Industrie du Futur, le plan robotique et d’autres initiatives plus discrètes. Alors, les élus font de la politique au sens le plus noble du terme, afin de construire un cadre économique, législatif, social et de relations extérieures le plus harmonieux possible, dans le cadre du mandat qui leur est confié.
Les industriels peuvent ainsi s’adapter en permanence à des technologies et un monde de compétition évoluant sans cesse, sans que l’on rajoute des entraves à leur démarche responsable.
Que chacun fasse son métier et les vaches seront bien gardées, dit justement le proverbe.