Investir à défaut de main-d’œuvre
Certes, c’est une bonne nouvelle. Pour 2019, les industriels prévoient, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), d’augmenter nettement leurs dépenses d’investissement, qui s’élèveraient de 11% par rapport à 2018.
Une estimation revue à la hausse (d’un point), par rapport à la précédente, datant du mois de janvier. Pour le président de la Fédération des industries mécaniques (FIM) et de l’Alliance Industrie du Futur, cette progression de 11% n’est pas une surprise. Car les industriels « sont conscients que la compétitivité se gagne au travers des investissements permettant la montée en gamme et la modernisation de leur outil de production », analyse Bruno Grandjean.
Toutefois, il y a un bémol. Car la part des investissements destinés au renouvellement diminuerait en 2019 de deux points par rapport à 2018, montre l’enquête publiée le 6 mai. Bien que cette part « resterait la plus importante », à l’instar de celle consacrée aux économies d’énergie qui serait « un peu plus élevée que par le passé, au contraire de celle destinée à l’automatisation ». Tandis que la part des investissements visant à étendre la capacité de production pour les produits existants augmenterait d’un point, « passant légèrement au-dessus de sa moyenne de longue période », commentent les experts de l’institut officiel de statistique. Seulement voilà, même si ces bons chiffres sont très positifs, il faudra plusieurs années pour rattraper le retard accumulé par l’industrie, relativise M. Grandjean, qui voit dans ces résultats plutôt « une remise à niveau » de la capacité de notre industrie à investir pour moderniser son outil de production.
Un effet de rattrapage donc, mais aussi la conséquence d’une pénurie de main-d’œuvre qui ne cesse de fragiliser le tissu industriel du pays. « Les difficultés de recrutement connues par l’industrie française ne sont pas étrangères à ce fort investissement », soulève Bruno Grandjean. Et ce n’est pas Vincent Charlet, délégué général du think tank La Fabrique de l’industrie, qui dira le contraire. En 2018, c’était « une des raisons principales de la décroissance ou de la faible croissance dans certaines entreprises industrielles », avait-il affirmé sur le site Latribune.fr, tout en soulignant que les chefs d’entreprise ne pouvaient pas trouver de ressources humaines alors que leurs carnets de commandes étaient pleins.
Selon Bruno Grandjean, il est certain que « la modernisation de l’outil de production permet de compenser en partie le manque de personnel qualifié ». D’autant que les conditions de financement restent très favorables du fait de la faiblesse des taux d’intérêt. Certes, une bonne nouvelle, mais pas pour l’emploi.