Peut-on ressusciter l’industrie française ?
L’analyse exhaustive réalisée par Accenture Strategy met en lumière les dysfonctionnements qui pénalisent l’industrie. Et préconise des mesures pour lui permettre de retrouver, à l’horizon 2025, sa place parmi les leaders mondiaux. Un plan ambitieux qui dépend toutefois de la bonne volonté des pouvoirs publics…
Selon l’Alliance industrie du futur (AIF), le Symop et le Gimelec, il suffirait de quelques mesures bien ciblées pour relancer l’industrie française. Leur objectif : profiter du Pacte productif 2025 pour permettre au tissu industriel français de rattraper son retard par rapport à ses voisins, comme l’Allemagne ou l’Italie. Réalisée à leur demande en 2019 auprès de 450 entreprises de plus de 50 salariés par Accenture Strategy, l’étude « L’Industrie du futur, le levier pour relancer l’industrie française » dresse le bilan de l’industrie en France. Et propose quelques mesures pour la relancer.
Premiers constats encourageants : après une forte décroissance, le tissu manufacturier s’est stabilisé et les fermetures d’usines sont passées de 250 en 2012 à une centaine en 2018. Mieux encore, les entreprises se sont consolidées et le parc machine a été rajeuni. « Des mesures structurelles ont stoppé la désindustrialisation qui rongeait l’industrie française depuis une trentaine d’années », se félicitent à l’unisson, Bruno Grandjean, président de l’AIF, Constant Bernard, président du Symop, et Vincent Jauneau, président du comité Smart Up Industrie, du Gimelec. La valeur ajoutée (industrie manufacturière et les utilities) s’est stabilisée autour de 14 %, la moyenne européenne et l’industrie, qui compte 2,8 millions de salariés, cherche de nouveau à embaucher. Fait remarquable, 75 % de la croissance de la valeur ajoutée industrielle entre 2005 et 2017 provient du développement des services à caractère industriel. Cependant, l’industrie française peine à repartir à cause d’une rentabilité moins importante que celle de ses compétiteurs et une rotation du capital trop lente. La rentabilité des capitaux investis s’est dégradée entre 2000 et 2018, et est fortement pénalisée par des impôts de production trop élevés. L’investissement alloué à la modernisation de l’outil de production et l’intégration des chaînes de valeur sont trop faibles. A cela s’ajoutent, l’adoption lente et inégale du numérique ainsi qu’une offre industrielle en équipements et machines mal adaptée à la demande. Deux entreprises sur dix déclarent ainsi être partiellement satisfaites par l’offre française de machines et d’équipements.
Une filière « machines et solutions industrielles intelligentes »
Alors, que faire pour redonner à l’industrie française son lustre d’antan ? Il faut tout d’abord renforcer la compétitivité et le dynamisme du tissu industriel local. Avec deux solutions au choix. Lancer un suramortissement pour moderniser rapidement l’outil industriel en remboursant de 50 à 80 % de dépenses d’investissement dans les solutions « Industrie du futur ». Soit 3 à 4 milliards d’euros par an ou un équivalent à la possibilité d’amortir 200 % de l’investissement en 5 ans. Autre possibilité : lancer le crédit d’impôt production (CIP) en remboursant 30 % de l’investissement dans l’ « Industrie du futur » sous la forme d’un allégement de charge ou d’un crédit d’impôt sur les taxes de production. Le CIP s’élèverait à 3 ou 4 milliards d’euros par an. Reste à se demander si ces allégements suffiront, si on le compare, par exemple, aux dépenses consenties par le gouvernement italien pour favoriser les investissements dans les solutions « Industrie du futur » : 10 milliards d’euros entre 2019 et 2023.
L’étude préconise la création d’une filière « Machines et solutions industrielles intelligentes » intégrant toute la chaîne de l’offre technologique dans le cadre du Pacte productif 2025. « Une démarche que nous avons déjà adoptée », annonce Constant Bernard, du Symop. Ainsi, Frédéric Sanchez, président du groupe Fives, a accepté de patronner cette filière. Avec plusieurs objectifs, comme par exemple, l’accompagnement des pépites industrielles de la filière pour les renforcer à l’exportation.
Enfin, d’autres mesures, comme l’accélération du développement des infrastructures 5G et de la fibre optique via un fond public/privé, le redressement des marges de l’industrie et la préparation des ressources humaines à la production de demain pourront donner un coup de fouet au développement de l’industrie. Suffiront-elles pour relancer l’industrie française et à fortiori, celle de la machine-outil intelligente ? L’avenir le dira…