L’industrie allemande tire la langue
Mais que se passe-t-il outre-Rhin ? Confrontées à d’inquiétantes chute des commandes, les entreprises industrielles allemandes se voient obligées de mettre leurs effectifs en chômage partiel. Des PME régionales aux multinationales cotées en Bourse, c’est toute la puissance industrielle germanique qui se retrouve fragilisée, presque soudainement. Les premiers signes se sont faits jour cet été, avec une accélération de la baisse des commandes à l’export, surtout dans le secteur automobile. Et cette contraction étant particulièrement notable avec les pays situés en dehors de la zone euro. Et pour le moment, les observateurs ne sont guère optimistes. « Les données catastrophiques des commandes nouvelles anéantissent tout espoir d’un rebond industriel », a prévenu Carsten Brzeski, économiste d’ING, cité par l’agence de presse Reuters.
Il est vrai que la grande ouverture de l’Allemagne aux exportations est très certainement à l’origine de ce « bug » économique. En effet, les tensions commerciales internationales contribueraient à une baisse de 2% de la production chez nos voisins, selon VDMA, la fédération allemande de l’industrie des biens d’équipement. « L’incertitude causée notamment par le différend commercial entre les États-Unis et la Chine et l’absence de perspective d’un accord dans le différend sur le Brexit nuisent à notre industrie orientée vers l’exportation », affirme Ralph Wiechers, économiste en chef à la VDMA. Et de souligner que ces deux premières économies mondiales restaient des « destinations clés » pour les exportations allemandes. Les États-Unis représentent 11,2% des exportations totales de machines allemandes, quand la Chine absorbe elle 10,4%. Et les commandes de machines-outils ont déjà reculé de 22% sur un an, entre avril et juin, indiquait la fédération du secteur.
Il faut ajouter à cela les nouvelles normes antipollution de septembre 2018 qui ont désorganisé les chaînes de production automobile, et ont fait apparaître les premiers stigmates d’une Allemagne souffrante.
Ce rhume, peut-être passager, mais qui semble durer au point que les dépenses de consommation se sont substituées aux exportations comme relais de croissance dans le pays. Sans remettre en cause les fondamentaux solides du modèle allemand, le risque de récession dite « technique » de son économie, matérialisée par une légère contraction du produit intérieur brut au deuxième et troisième trimestres, est bien réel, selon une enquête d’IHS Markit auprès des directeurs d’achat.
Et rien ne laisse présager son contraire, y compris dans les couloirs du ministère de l’économie allemand, où « aucun signe d’amélioration fondamentale du secteur industriel dans les mois à venir » n’apparaissait encore, selon des propos tenus en septembre.