Inquiétudes sur l’aluminium
Plusieurs dizaines d’années en arrière, une taxe à l’importation de 6% avait été mise en place afin de protéger les producteurs d’aluminium du Vieux Continent. Mais alors pourquoi le maintien de ces droits d’importation sur l’aluminium brut n’a pas empêché le déclin structurel des fonderies, par des fermetures et désinvestissements des grands groupes producteurs ? Une partie de la réponse se trouve dans cette récente étude de l’université italienne LUISS, de Rome. Ainsi, on apprend que, depuis 2008, l’Europe aurait perdu 30% de sa capacité de production d’aluminium. « Les promesses des grands producteurs européens, par exemple en matière d’emplois, de centres de décision et de R&D, n’ont pas été tenues », regrette la Fédération des consommateurs d’aluminium en Europe (Face), qui a commandé l’étude. Laquelle demande aujourd’hui aux autorités européennes « de lever les droits d’importation » sur l’aluminium sous forme primaire, matière première de l’industrie.
En effet, les auteurs de ce rapport estiment que le maintien des droits d’importation sur l’aluminium brut a représenté un surcoût atteignant jusqu’à 18 milliards d’euros pour le secteur aval de l’aluminium dans l’UE, qui représente 92% des emplois et 70% du chiffre d’affaires de l’industrie européenne.
« Une telle surcharge de coûts sur une industrie à faible marge, où l’aluminium primaire représente plus de 50% des coûts de fabrication des produits semi-finis, constitue une menace pour la survie de l’industrie, composée essentiellement de milliers de PME qui souffrent déjà d’une forte concurrence internationale, notamment de la Chine », interpelle la fédération, qui représente les transformateurs européens indépendants.
Alors que la demande de produits en aluminium de l’Union européenne s’est accentuée de 3% en moyenne par an, l’industrie utilisatrice rencontre des difficultés à se développer suffisamment, et en cohérence avec la croissance de la demande : en 2017, elle restait sous son niveau de production d’avant la crise de 2008, relève l’étude. En cause : les droits de douane à l’importation de l’UE sur les matières premières.
« Les utilisateurs et les consommateurs de l’UE n’ont pas accès à l’aluminium sous forme brute à un prix hors taxes, déplore Roger Bertozzi, en charge des relations avec l’OMC et les institutions de l’UE, au sein de Face. Grâce à un opaque mécanisme de marché, l’équivalent de la valeur du niveau le plus élevé de la structure tarifaire, soit 6%, est inclus dans le prix de tout l’aluminium brut vendu dans l’UE, quelle que soit son origine. » Ce qui signifie que lorsque de l’aluminium brut est importé dans l’UE, « à partir de sources passibles de droits de douane », le prix acquitté comprend les droits à l’importation perçus en tant que tels par les douanes.
Pour les consommateurs européens de ce métal blanc, l’UE doit libérer le secteur de l’aluminium. « La triste alternative serait la disparition de l’ensemble de l’industrie dans un avenir pas si éloigné », prévient la fédération.