Enlever les freins
L'investissement est source de développement des entreprises industrielles. Les entreprises en croissance embauchent. Les professionnels motivés et qualifiés trouvent plus facilement du travail. Pour entrer dans ce cercle vertueux plusieurs conditions doivent être réunies. La première consiste à lever les freins qui pèsent plus lourdement sur l'industrie française que sur celle de ses concurrentes.
Le groupement des fédérations industrielles – GFI – a dressé un tableau de la situation de l’industrie en France en 2015. Des propositions concrètes en sont issues pour que la France sorte de la stagnation de l’investissement et de l’emploi dans l’hexagone, alors que nos voisins européens ont mieux repris le chemin de la croissance. En voici une synthèse, faisant le constat des freins qui empêchent le potentiel industriel hexagonal de s’exprimer, et quelques solutions pour les lever.
Le constat
Aujourd’hui, le contexte mondial est perturbé notamment par le ralentissement chinois, une crise durable en Russie et la récession du Brésil. Parmi les BRIC, seule l’Inde montre des signes de redressement. La croissance du PIB mondial s’est ainsi établie à +2,9% en 2015, après +3,3% en 2014. Une reprise graduelle de la croissance en zone euro de +0,9% sur 2014, passe à +1,5% prévu en 2015. La baisse relative du chômage en zone Euro fait passer le chiffre moyen de 11,6% en 2014, à 11% prévu en 2015. Selon Eurostat, ce taux de chômage montre des disparités importantes, avec un pourcentage de 10,7% en France contre 5% en Allemagne et une moyenne de 7,4% dans les pays de l’OCDE. En France, la croissance poussive du PIB en volume de +0,2% en 2014, est prévue avec une hausse de +1,1% en 2015. La production industrielle qui était négative en 2014 (-1,4%), est remontée à +0,5% en 2015, tout en restant inférieure de 13% à son niveau d’avant crise, à fin août 2015. Bien qu’une certaine hausse des marges industrielles soit constatée, le redémarrage des dépenses d’investissement reste très modéré. L’amélioration de la balance courante est attribuable essentiellement à la baisse des prix des produits énergétiques. Dans ce contexte, les secteurs d’activité mécanique (+1,4%), métaux (+2,9%) et plasturgie (3,4%) montrent de bons signes de résilience. Dans l’industrie mécanique, qui peine à recruter, l’investissement a augmenté de 2,5% en 2015. Sur une base de 100 en 2005, l’investissement reste en France aux environs de 106, alors que l’Espagne effectue un redressement spectaculaire depuis 2013 pour atteindre 112 et que l’Allemagne poursuit sa croissance depuis la même date, en atteignant 124 au premier trimestre 2015. L’obsolescence du parc technologique des sites industriels français reste un frein majeur à la restauration de la compétitivité. Notamment, le nombre de robots installés en France est de 35 000, de 60 000 en Italie et de 160 000 en Allemagne. L’âge moyen des équipements industriels en France est plus âgé de 7 à 10 ans par rapport à celui de l’Allemagne. Selon le GFI, le parc industriel accuse un retard d’investissement cumulé de 15 à 20 Mrds d’Çuros. Enfin, et ce n’est pas le moindre, les conclusions de l’étude annuelle » Paying taxes 2014 » publiée par la Banque mondiale et le cabinet PwC, qui compare les régimes fiscaux de 189 pays démontrent que la France est l’un des pays au monde qui taxent le plus leurs petites et moyennes entreprises, avec un taux d’imposition global de 64,7%. En Europe, le taux moyen s’élève à 41,1%. La France est le second pays le plus cher pour les entreprises, derrière l’Italie (65,8%), alors que le Royaume-Uni est à 34% et l’Allemagne à 49,4%. Ce taux global inclut l’imposition des bénéfices, les cotisations et les charges sociales supportées par l’employeur, ainsi que d’autres prélèvements comme la taxe foncière, l’imposition des dividendes, l’impôt sur les plus-values ou encore les taxes sur la collecte des déchets.
Quelques solutions
Concernant les taux d’imposition, le pouvoir politique détient la clef d’une forte réduction pour le rapprocher du taux moyen européen. Cette réduction passe nécessairement par la baisse de la dépense publique française qui, elle aussi, est l’une des plus fortes au monde par rapport au PIB, de 57,12% selon le FMI. Le GFI préconise également une forte modernisation de l’appareil productif. » L’industrie en France est face à 3 défis, technologique, numérique, énergétique. Ce sont autant d’opportunités d’accroître sa performance et sa compétitivité, mais autant de lourds investissements productifs à financer, et de business models à faire évoluer » écrit-il dans son rapport. Pour ce faire il convient de modifier le tissu en profondeur en adoptant les nouvelles technologies comme la fabrication additive, la robotique collaborative, la digitalisation de la chaîne de valeur, les objets connectés,… La collaboration digitale entre partenaires commerciaux ou de filière est vitale pour assurer un saut de compétitivité, qualité et service. Pour revitaliser l’appareil productif, le GFI préconise de prolonger la mesure de suramortissement sur une durée de 3 à 5 ans plus conforme au cycle des investissements industriels. Il faut également étendre son champ d’application pour intégrer les investissements immatériels comme l’ingénierie, software, logistique et l’adapter aux TPE et PMI. La réduction des délais de paiement, le crédit impôt innovation, le soutien aux entreprises innovant dans l’industrie 4.0, la flexibilisation du marché de l’emploi et la valorisation des métiers industriels sont d’autres mesures devant contribuer à dynamiser la croissance de l’industrie en France. La simplification administrative, notamment des fiches de paie, n’est pas abordée dans ce texte, mais beaucoup d’entrepreneurs en font état.