Techplus joue la carte interne
En Haute-Savoie, Techplus ingénierie robotique organise sa relève sans rupture. Lionel Sublet confie la présidence à David Gabert, compagnon de route de longue date, dans une entreprise où plusieurs salariés accèdent également à l’actionnariat, signe d’une fidélité cultivée.
Depuis le 31 mai, le créateur de Techplus ingénierie robotique, Lionel Sublet a tourné ce qui sera l’avant-dernière page de son chapitre d’entrepreneur passionné de mécanique industrielle. L’avant-dernière, car celui qui vient de céder les clés de son entreprise à son directeur opérationnel David Gabert, désormais président majoritaire, restera directeur général et actionnaire avec 20 % des parts. Un passage de flambeau longuement mûri, avec une vraie volonté partagée de continuité intégrant dans l’aventure cinq autres salariés. Tout cumulé, le pool d’actionnaires représente 87 années d’ancienneté.
Tout a commencé le 10 janvier 1994 à Reignier-Esery, située entre la frontière suisse et la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie. Déjà, Lionel Sublet, entrepreneur-né, voulait créer sa structure autour de l’optimisation des machines-outils et très vite son intérêt pour la robotique a été le sens de sa motivation. Rejoint par deux « amis associés », le dirigeant de Techplus ingénierie robotique se confronte à des entreprises de mécanique encore frileuses à l’idée d’installer des robots dans leurs ateliers. « Jusqu’à 2014, le marché était surtout centré sur la production automobile, le ruissellement vers les PME a été lent », analyse celui qui a cherché à démocratiser la robotisation chez les usineurs. Pour cela, avec son équipe, il a développé dès 2010 des cellules qui soient « plus flexibles et plus accessibles ». C’est devenu l’ADN de l’entreprise. Et de constater que « la grosse bascule s’est faite après le Covid [pandémie de coronavirus qui débuta en 2020] ». Pour Lionel Sublet, « le monde politique s’est mis enfin à parler de souveraineté industrielle, du fabriqué en France, et où la robotique est devenue un outil pour la réindustrialisation, et non un tueur d’emploi ».
« Une robotique customisée sur cahier des charges »
Tout vient à point à qui sait attendre. Voilà que le changement de doctrine de l’Etat dans son rapport à l’industrie vient conforter la raison d’être de Techplus, à savoir « une robotique customisée sur cahier des charges ». Développer des briques technologiques pour faire mieux que des cellules standards. Et le cœur du réacteur, c’est dans les effectifs qu’il faut le voir : trente salariés, hommes et femmes, avec une moyenne d’âge de 38 ans et une ancienneté moyenne de 12 ans. Car ici, on aime « se creuser la tête » sur les dossiers clients. « Et c’est sans doute pour ça qu’ils restent chez nous », évalue Lionel Sublet.
On le voit, Techplus est d’abord et avant tout une aventure humaine. Et lorsque les années passent au côté de son directeur opérationnel David Gabert, embauché en décembre 2012 en tant que chargé d’affaires, les deux hommes forment un binôme particulièrement complémentaire. Le duo, de plus en plus soudé, évoque alors la succession. Si la graine est semée, elle mettra dix ans à sortir de terre. Mais ces années-là ont été nécessaires pour préparer le passage de témoin, évoque David Gabert, qui a beaucoup appris auprès du dirigeant, qui lui a très vite délégué des responsabilités managériales et organisationnelles. « Ce qui lui a permis d’acquérir une connaissance fine de l’entreprise, du métier, des clients, des collaborateurs », analyse Lionel Sublet.

Exemple d’un process de fabrication multimachine de 6 opérations d’usinage différentes. 75 références, en moyenne série, robots polyarticulés et portiques, contrôle intégré. Traçabilité et solution flux via chariots manuels évolutifs vers AMR.
Agé de 46 ans, David Gabert a la fibre pour la mécanique tout comme Lionel Sublet. S’il a choisi de suivre une école d’ingénieurs, il opte pour l’alternance au sein de l’ITII de Lyon. Car ce garçon originaire d’Oyonnax (Ain), connue pour être la capitale de la plasturgie, est un homme de terrain. « Ce type de formation me correspondait très bien, je pense que c’est mon côté un peu pratico-pratique qui fait que je suis passé par là », décrypte-t-il, avant d’enchaîner, dans un verbe franc : « Je n’avais pas envie de rester tout le temps le cul sur un banc. »
« Une appétence pour l’automatisme »
Son parcours dans le secteur de la machine spéciale a été particulièrement formateur pour David Gabert. « C’est pluridisciplinaire et j’ai toujours eu cette appétence pour l’automatisme. Et quand tu fais de l’automatisation dans ce secteur d’activité, tu ne peux pas te passer de la mécanique et de l’électrique. » Et voilà que le chemin du jeune ingénieur semble alors prendre la direction d’une entreprise comme Techplus. Il y a des lignes qui sont parfois toutes tracées dans une carrière. Et c’est par l’entremise d’un chasseur de tête que l’Oyonnaxien croise la route du roboticien haut-savoyard. Il débute comme chargé d’affaires. « Ce n’était pas ce que je voulais faire au départ, du fait de mes différentes expériences en entreprise, j’étais avant tout un chef de projet, un pilote d’équipe, raconte David Gabert. Mais j’ai accepté cette fonction grâce à ma rencontre avec Lionel. » L’ingénieur apprécie le patron de Techplus, dont l’approche du métier est avant tout technique, portée par une passion sincère pour l’industrie.
Puis de reconnaître que « ma grosse lacune en arrivant, c’était la machine-outil, l’usinage, les process de fabrication des pièces mécaniques, j’en connaissais les grandes lignes mais sans plus ». Pour Lionel Sublet, « quand on arrive chez un client usineur, on doit être capable de comprendre ses problématiques d’usinage, les points durs de son process afin de pouvoir le conseiller et l’accompagner ». Et de citer un exemple avec le cas d’un projet de cellule robotique pour une machine de type tailleuse d’engrenages. « Chez nous, le roboticien doit savoir tout de suite qu’il y aura de l’huile entière, ce qui nécessitera de mettre de la rétention un peu partout, d’ajouter une pompe de relevage, etc. Et tout cela, ce n’est pas le client qui va nous le dire. »
Expérience métier
Avant de rentrer chez Techplus, le parcours professionnel de David Gabert rendait son profil intéressant pour une future succession. Car l’ingénieur en génie industriel était responsable du pôle projet chez un fabricant de lignes de production automatisées. « Comme je pilotais les chefs de projet, je m’étais fait un peu les dents sur le management, le recrutement de collaborateurs. Je m’occupais de l’organisation opérationnelle des équipes projet en lien avec l’atelier de montage et le BE aussi. Un management transversal déjà assez large et très opérationnel », évoque David Gabert, lauréat du Réseau Entreprendre, une association qui accompagne humainement et financièrement les créateurs, repreneurs et développeurs d’entreprises. Qualifié comme étant une personne ayant « développé une connaissance fine de l’activité, des équipes et des enjeux », l’association a souligné, sur un post LinkedIn, publié en juin, que David Gabert avait franchi « une étape clé de son parcours professionnel (…) avec l’engagement et la vision qui le caractérisent ».
Celui qui se dit aussi passionné par son métier que par l’entreprise Techplus entend inscrire son action dans la continuité tout en préparant l’avenir. « Je ne reprends pas une société pour la transformer, mais pour prolonger une aventure industrielle qui a du sens. Techplus s’est construite sur la confiance, la technicité et l’engagement des équipes. Je veux préserver ces fondamentaux tout en ouvrant de nouvelles perspectives. L’industrie va profondément évoluer dans les prochaines années et notre mission sera d’aider nos clients à franchir ces étapes en restant un partenaire agile, innovant et proche de leurs préoccupations. »
En chiffres
1994. Année de la création de Techplus
30. Nombre de salariés
12. En année, l’ancienneté moyenne des salariés
767. Nombre de cellules robotisées installées
5,7. En millions d’euros, le chiffre d’affaires annuel