Fin du travail, vive les métiers !
La révolution numérique de l’industrie 4.0 a de multiples conséquences. L’une d’entre elles, et pas des moindres, signifie la fin du travail au sens étymologique du terme. Selon le dictionnaire, le travail correspond à l’effort que l’on fait, à la peine que l’on prend pour réaliser une chose. Effort long et pénible, précise même l’un de ces ouvrages de référence.
Désormais, grâce à l’automatisation, à la connectivité des machines, des robots et des moyens de mesure, les tâches répétitives et pénibles dans l’industrie mécanique peuvent être évitées. « C’est la fin des Troubles Musculo Squelettiques ! » dit même l’un des acteurs de la mise en place d’une cellule auto-adaptative dans un article publié dans ce numéro. « Les opérateurs presse-bouton disparaissent et sont formés pour pratiquer des métiers plus nobles », dit un autre. De nouvelles technologies comme la fabrication additive vont dans le même sens. Exigeantes quant aux connaissances en conception mécanique autant qu’en structures métallographiques, elles tirent vers le haut les compétences multiples des professionnels. L’électroérosion, l’UGV, le tournage-fraisage, la robotique ont déjà ouvert ce chemin de nouveaux métiers depuis plus de vingt ans.
Mais beaucoup de réticences culturelles, de freins législatifs, de conservatismes étroits ralentissent ces progrès indéniables pour l’Homme dans son entreprise. Comme dans le roman « Pourquoi j’ai mangé mon père ? » de l’ethnologue Roy Lewis, l’humanité sera toujours partagée entre ceux qui veulent rester dans leurs arbres et ceux qui inventent le feu, au risque de brûler la forêt.
Sans porter de jugement sur la réticence des uns et l’audace des autres, tous doivent prendre conscience qu’aujourd’hui le débat est dépassé, car les faits sont là : la rapidité du changement technologique ne permet plus à personne de l’arrêter.
Il n’y a plus qu’à l’accompagner.
En constatant la disparition du travail et de sa pénibilité, en acceptant la passion de métiers évolutifs en permanence, en s’engageant dans un changement permanent, toutes les générations peuvent imaginer une nouvelle économie de progrès pour l’Homme. En tout cas dans l’industrie mécanique.
Les plus prudents peuvent déjà se réjouir de l’amélioration des conditions de travail, de la progression des professionnels vers des métiers nobles et mieux rémunérés, grâce à une meilleure valeur ajoutée par personne. Ils devront accepter aussi de nouvelles formes d’organisation de ce qu’ils persistent à appeler le travail.
Les plus audacieux doivent freiner leurs ardeurs en envisageant et contrôlant les nouveaux risques de ces métiers, en apprenant à l’intelligence numérique à respecter l’Homme, en acceptant d’être un peu plus prudent dans leur enthousiasme.
Alors, les uns pourront descendre de leur arbre, en sachant que les autres ne veulent pas y mettre le feu.