« L’industrie, c’est sans cesse une destruction créatrice » | Machines Production

« L’industrie, c’est sans cesse une destruction créatrice »

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Par Jérôme MEYRAND Publié le  28/04/2017
« L’industrie, c’est sans cesse une destruction créatrice »

Dans un entretien avec Machines Production, le président de la Fédération des industries mécaniques Bruno Grandjean revient sur le contenu des programmes des candidats à l’élection présidentielle.


Permettre à l’ensemble des mécaniciens français de se faire entendre d’une seule voix. En prenant en charge les intérêts économiques et techniques des professions qu’elle regroupe, la Fédération des industries mécaniques (FIM) aident ses adhérents à concevoir, produire et vendre en France. Et à se développer sur l’ensemble des marchés internationaux. En succédant à Jérôme Frantz, qui arrivait au terme de son second mandat à la FIM, Bruno Grandjean, 53 ans, a donc pris la présidence de l’organisation, depuis le 15 juin 2016. Il revient pour Machines Production sur les préoccupations de la filière, en adéquation ou pas avec le contenu des programmes de chaque candidat à la magistrature suprême.

Quelles sont les principales préoccupations de la filière de l’industrie mécanique que vous avez exprimées auprès des candidats à la présidentielle ?
Il nous semble important de jouer à armes égales avec nos confrères européens, notamment dans la compétitivité-coût. Nous sommes persuadés que la France doit supprimer ces taxes aberrantes sur la production, la cotisation sur la valeur ajoutée, la cotisation foncière des entreprises, tous ces prélèvements qui sont antiéconomiques, qui, finalement, viennent pénaliser ceux qui investissent, ceux qui produisent en France, ceux qui font de la valeur ajoutée. Il nous paraît également primordial de cesser la surtransposition des normes, des réglementations. Il faut arrêter de nous mettre des boulets aux pieds.
Un autre thème que nous défendons est la revalorisation de l’image de l’industrie, pour attirer les jeunes, sa modernisation à travers l’investissement productif. Il est donc indispensable de prolonger les mesures qui y sont favorables, notamment le suramortissement, donc nous avons été les principaux supporters de cette mesure. Et cette mesure a clairement porté ses fruits, il suffit de voir le succès qui a été rencontré lors du dernier salon Industrie Lyon (qui se tenait du 4 au 7 avril, quelques jours avant la fin du dispositif, Ndlr), où il y a eu un afflux de commandes, une augmentation des ventes de robots de 15%, et près de 5% en moyenne pour l’investissement productif.

« Une industrie conquérante et moderne »
Nous avons besoin de moderniser nos usines, donc de pérenniser des dispositifs favorables à cette modernisation. Et c’est important que le projet Alliance Industrie du futur soit pérennisé dans le temps. Aussi, il faut absolument que les jeunes voient la véritable image de l’industrie mécanique, ce n’est plus un lieu de machines sales et dangereuses.

Comment les candidats à la présidentielle ont-ils accueilli vos propositions ?
La totalité des candidats que nous avons pu rencontrer ont exprimé une forme de reconnaissance du rôle de l’industrie dans notre pays. Tout le monde est d’accord pour dire que l’industrie est un secteur exposé et plus fragile, que ce sont des carrières longues, des métiers dont la rémunération est plus importante que d’autres professions, que l’industrie est indispensable à la prospérité du pays. Il y a une forme de consensus national là-dessus.
Par contre, on s’est rendu compte que derrière ce consensus-là, il y avait un clivage très clair, entre ceux qui pensent que l’industrie ne peut prospérer que si elle innove, que si elle est conquérante et compétitive, et ceux qui veulent abriter notre industrie derrière des lignes Maginot, derrière le protectionnisme intelligent pour certains, solidaire pour d’autres. Bref, fermer les frontières. Et cela, c’est une aberration, car l’industrie est fortement exportatrice. La mécanique, c’est près de 50% d’exportation. Et notre industrie est très intégrée dans les chaînes de valeur européenne. Il suffit de voir PSA qui part à la conquête de l’Allemagne avec Opel. Donc, fermer les frontières serait faire perdre la France. En résumé, il y a ceux qui veulent une industrie conquérante et moderne, et ceux qui veulent une industrie repliée sur elle-même.

Mais l’industrie n’a-t-elle pas été placée trop peu au cœur du débat présidentiel ?
Il y a un consensus sur l’importance de l’industrie mais un manque de travail de fond, de mesures concrètes. Le Livre blanc du GFI (qui portait pour titre : ‘‘Une industrie compétitive pour la croissance et l’emploi’’, Ndlr) n’a pas reçu de réponses suffisamment travaillées par les candidats, à notre avis.

Toutefois, y-a-t-il un ou des candidats qui vous semblent plus en accord avec les préoccupations de la fédération que vous représentez ?
Il y a deux candidats, Emmanuel Macron et François Fillon, qui ont une sensibilité à l’industrie, telle que nous la concevons, qui ont des mesures favorables à la compétitivité, dans une économie ouverte, une économie du libre-échange, qui ont une politique qui nous semble compatible avec nos objectifs, à cette compétitivité indispensable au renouveau de l’industrie française dans la zone Euro. Quant aux autres, nous avons davantage le sentiment qu’ils ont un programme qui ferait perdre la France qui gagne. Car ils parlent d’une industrie nostalgique, une industrie passéiste, une industrie qui n’existe plus. Ce sont de très mauvaises recettes.

« Il était temps que nous réagissions »
Je pense à Florange, où aujourd’hui il y a plus d’emplois qu’il y en avait il y a cinq ans. Pourquoi ? Parce que Florange a su se réinventer autour de l’acier à forte valeur ajoutée pour l’automobile. Et elle n’est pas restée sur une nostalgie des hauts fourneaux. L’industrie, c’est sans cesse une destruction créatrice.

Nous ressentons un réel dynamisme de notre industrie, actuellement. Comment l’expliquez-vous ?
Dès le premier jour d’Industrie Lyon, il y a eu beaucoup de monde, ce qui est extrêmement rare dans les salons professionnels. Et j’ai été arrêté à plusieurs reprises par des exposants de la machine-outil, qui voulaient remercier la FIM, notamment à travers l’action que nous avons menée avec l’Alliance pour l’Industrie du futur, pour moderniser les usines, et ils ont témoigné que cela fonctionnait. Rien que pour ça, je suis content de m’être engagé à la fédération, parce qu’il était temps que nous réagissions. Aujourd’hui, les industriels croient en l’avenir, ils retrouvent de la compétitivité, ils redeviennent conquérants. Il y a une dynamique dans l’industrie que je n’avais pas vu depuis au moins 2007. Et finalement, le plus important des messages, c’est que, si nous sommes capables de nous prendre en main en montrant le chemin, alors les politiques nous suivrons.

Bruno Grandjean : de Chicago à Turbomeca
A 53 ans, le président du directoire de Redex va souffler, le 15 juin, ses un an à la tête de la Fédération des industries mécaniques (FIM). Le successeur de Jérôme Frantz a suivi à la fois une formation universitaire et d’ingénieur. Après un master à Stanford, Bruno Grandjean débute sa carrière, en 1989, comme attaché scientifique du consulat de France à Chicago. A son retour dans l’Hexagone en 1991, il rejoindra, pendant trois ans, la société Turbomeca, avant d’intégrer Redex, le leader européen des équipements mécatroniques pour l’industrie sidérurgique, métallurgique et la machine-outil, qu’il va diriger à partir de 2005.

« L’industrie, c’est sans cesse une destruction créatrice »
Jérôme MEYRAND - Rédacteur en chefFormé aux microtechniques, devenu journaliste en blouse bleue, passé par l’ESJ Lille.

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