L’export tire la croissance du décolletage
Le secteur du décolletage français a retrouvé en 2015 son chiffre d'affaires d'avant 2008. L'investissement et une forte poussée à l'international expliquent ce redressement. Mais pas seulement. Explications par Jérôme Akmouche, Directeur du SN Dec, syndicat National du décolletage. A suivre dans le prochain numéro de Machines Production.
L’année 2015 a été marquée par une progression de +3% du chiffre d’affaires du secteur du décolletage, par rapport à 2014 (Graphique 1). Ce chiffre d’affaires devrait être proche de 2,1 milliards d’Ç, soit un retour au pic historique de chiffre d’affaires d’avant crise en 2008. L’activité du secteur est portée par la bonne tenue du marché automobile européen et la croissance soutenue du marché aéronautique. Un léger tassement en fin d’année 2015 a toutefois été observé. Pour le 1er trimestre 2016, les perspectives restent stables, quels que soient les marchés. Mais, pour se renforcer et se développer, l’industrie du décolletage doit faire face à cinq enjeux majeurs.
Développement à l’international
L’industrie française du décolletage n’a cessé de voir la part de ses ventes à l’export (Graphique 2) croître depuis 1990 pour atteindre plus de 50% en 2012, soit un chiffre d’affaires associé de près d’1 milliard d’Çuros. Le taux d’export atteint même 64% pour les entreprises positionnées sur le marché automobile. Le caractère stratégique de l’industrie du décolletage réside dans la multiplicité des marchés potentiels accessibles (Graphique 3). L’automobile reste le principal marché applicatif, mais d’autres marchés comme l’aéronautique et le médical occupent une place croissante dans le chiffre d’affaires global du décolletage. La plupart de ces marchés sont en croissance mais très internationalisés. Même si le taux d’export et le nombre d’implantations de filiales à l’étranger sont en hausse, il convient, pour assurer la pérennité et le développement de la filière dans les années futures, d’intensifier l’export, d’accompagner les clients dans les pays émergents, de renforcer les positions auprès des clients, principalement situés en Allemagne pour le marché automobile.
Renforcement de l’innovation et de l’excellence opérationnelle
L’industrie du décolletage a un taux d’investissement en moyens de production parmi les plus élevé de l’industrie française. Les entreprises investissent 7% de leur chiffre d’affaires en moyenne, avec de fortes inégalités selon les entreprises. Ce qui signifie que l’industrie du décolletage devrait investir entre 700 millions et 1 milliards d’Ç sur les 5 prochaines années. Unique en son genre en Europe, voire au monde, le salon Simodec attire les investisseurs du secteur, car les exposants sont à la fois spécialisés dans leur domaine et ouvrent de fortes perspectives d’évolution industrielle. Dans un secteur d’activité très concurrentiel comme l’est le décolletage, l’innovation est le moteur du développement. Il est indispensable de doter le tissu industriel de la capacité à conduire des travaux de Recherche & Développement, aussi bien » propriétaires » que collectifs sur les procédés de production, mais également sur des projets de produits propres. Des projets emblématiques ont été menés dans la profession avec le SN Dec. Pilotés par le Centre Technique du Décolletage, le CT Dec, désormais allié au CETIM – Centre Technique des Industries Mécaniques – et soutenus par l’Etat et les collectivités locales, des projets tels que Maat, Captaucom, Defi, Usitronic … ont permis des gains de productivité significatifs notamment par l’instrumentation des machines-outils. Il convient donc d’intensifier ces travaux de R&D et d’améliorer la diffusion des innovations dans les entreprises. Il conviendra aussi d’investir dans des procédés avancés de production en série, de poursuivre et d’intensifier la modernisation de l’outil industriel pour entrer dans l’Industrie du Futur, appelée aussi 4.0, de développer les compétences en industrialisation et en innovation et de surveiller et d’intégrer des procédés de substitution complémentaires. A cet égard, le Simodec 2016 est emblématique d’une telle évolution, en faisant une large part à la fabrication additive et à toutes les solutions de l’industrie connectée. Cette réflexion du SN Dec aura une suite dans le N° 1010 de la revue Machines production.