Le ciseau dépasse-t-il l’oeil du maître ?
Pour expliquer aux novices en mécanique ce qu’est l’usinage, la comparaison avec un sculpteur est un raccourci imagé, peut-être simpliste, mais compréhensible par tous.
« Tu vois mon petit, la machine-outil c’est comme le corps du sculpteur, avec toute sa force. Son intelligence, c’est à la fois une commande numérique et des programmes pour gérer les mouvements de ses bras, pardon de ses axes et de sa broche. Et l’outil coupant, c’est le ciseau qui vient tailler la matière et lui donner la forme désirée. Finalement, c’est de l’art, mais seuls les initiés le savent, » expliquait un jour un grand-père à son petit-fils qu’il voulait attirer dans ces nobles métiers. « Oui, mais alors, l’industrie du futur dont tu me parles des fois, c’est quoi pour le ciseau, papy ? » répondit l’enfant à son grand-père.
« Tiens, lis cette revue, et on en parle après, » dit l’ancien en lui tendant le guide des outils coupants de la revue Machines Production.
La soirée s’est ensuite passée à parler de vitesse de coupe, de métaux plus durs et plus résistants les uns que les autres, de carbure et de cermets qui pouvaient les travailler, les façonner pour en faire des pièces d’avion, de voiture ou plein d’outillages servant à fabriquer encore d’autres objets de la vie courante. Au fil des explications du papy, le jeune garçon a découvert l’inventivité de l’Homme pour rendre le travail des métaux toujours plus facile, toujours plus rapide, toujours plus précis. La taille des copeaux, la vitesse d’exécution, la précision du geste du sculpteur s’est transformé en un monde magique d’usinage et de mécanique dans l’imaginaire de l’enfant. Il découvrait les images de ces outils si tranchants et si durs, de ces porte-outils si rigides, qui venaient transformer une matière si résistante. A un moment, la question s’est posée :
« Mais, papy, qui a imaginé des outils aussi parfaits ? » C’est reparti pour un tour, s’est dit le grand-père. Sans désemparer, il lui a raconté les techniciens sur le terrain, les bureaux d’études devant leur ordinateur, les carburiers choisissant et pressant leurs poudres métallique ou céramique, les machines de rectification et d’affûtage et tout le monde d’intelligence déployé dans les entreprises pour parvenir à ces résultats. La soirée dura plus que prévu, sans télévision ni jeux vidéo. Elle fut passionnante, aussi bien pour l’ancien que pour l’enfant. L’outilleur était tellement fier de ce petit-fils, si intéressé par son monde professionnel. « Mais l’industrie du futur, elle est déjà dans le ciseau ? Alors le ciseau dépasse l’oeil du Maître, » voulut conclure l’apprenti mécanicien en herbe.
« Le ciseau et le sculpteur forment un tout indissociable et toujours renouvelé, comme la machine, la commande, l’outil et tout leur environnement, » répondit le grand-père. « Et l’industrie sera toujours du futur, tant qu’il y aura des garçons comme toi qui auront envie de la comprendre et de participer à son évolution. »
Tous deux sont allés se coucher heureux, pour rêver cet avenir-là.