Que prévoit l’obligation d’emploi des travailleurs en situation de handicap (OETH) pour les entreprises, et quelles possibilités leur offre le recours à une structure comme l’ADTP ?
G. C. : L’obligation d’emploi des travailleurs en situation de handicap, dit OETH, indique que toute structure supérieure à vingt personnes – mais ça descendra avec le temps, ça ne peut pas augmenter- a une obligation d’avoir 6 % de ses effectifs ayant une reconnaissance de travailleurs en situation de handicap. Sinon, l’entreprise doit payer une contribution qui est calculée en fonction de la masse salariale. Cependant, le fait de faire travailler une structure comme ADTP va permettre de réduire cette contribution, sans pouvoir complètement l’éliminer. Ce que l’entreprise pourra déjà bénéficier d’une réduction de 30 % des montants facturés par l’ADTP.
Cette réglementation a comme objectif de contraindre les entreprises à augmenter le nombre de personnes en situation de handicap chez eux. Donc après il y trois types de réactions face à cela. La première réaction, c’est de dire : « moi je m’en fous je paye la taxe, je paye la contribution et voilà c’est comme ça ». Deuxième réaction : « je vais aller embaucher des personnes en situation de handicap ou interroger mes salariés. » Parce que certains peuvent ignorer qu’un handicap aussi faible soit-il peut entrer dans le cadre de travailleur handicapé ou bien qu’ils n’osent pas l’avouer. Sachant que cela concerne aussi les handicaps invisibles. Troisième réaction, c’est de faire le choix de travailler avec des structures comme la nôtre. Idéalement, ce serait de cumuler les deux et c’est là où nous pouvons les accompagner.
Dans votre cas, quel rôle joue la dimension réglementaire dans le choix de travailler avec l’ADTP ?
A. P.-G. : Chez nous, qu’il y ait cette OETH ou pas, on passerait quand même par l’ADTP, par simplicité. C’est aussi pour nous le plaisir de travailler avec le personnel de l’ADTP qui travaille très bien, des salariés qui sont contents et fiers de travailler. La réduction de la taxe, ce n’est pas ce qu’on va aller chercher en premier, en tout cas.

Au-delà de cette obligation, qu’est-ce qui conduit certains clients à poursuivre leur collaboration avec l’ADTP ?
G. C. : Nous avons des clients qui ont déjà atteint les 6 %, mais qui continuent de travailler avec nous parce qu’il y a de la performance, parce qu’il a de la réactivité, parce qu’il y a un vrai savoir-faire sur l’ensemble de nos métiers. Il y a aussi l’impact de l’entreprise dans le cadre d’une démarche RSE.
Au niveau de la réglementation, est-ce qu’elle va évoluer ?
G. C. : Le seuil pour déclencher la taxe pourrait passer à vingt personnes. Ce qu’on voit évoluer aussi, ce sont les aides que nous touchons pour accompagner ces personnes-là. On a vu qu’au budget 2026, il y a eu un début de rabotage des aides pour accompagner des structures comme la nôtre. Cela veut dire qu’il faut qu’on continue de renforcer notre performance. Cette année chez ADTP on a défini Impulsion 2030 : où est-ce qu’on veut être en 2030 ? On veut renforcer notre accompagnement, assumer d’être un acteur industriel et d’être perçu comme un acteur industriel, un acteur qui soit performant en termes de coût-qualité-délai et qui réponde aux besoins de nos clients, c’est vraiment vers ça qu’on veut aller.
A. P.-G. : A l’ADTP de Cluses et comme on le voit dans le reportage, c’est une entreprise très industrielle, et pour ceux qui pourraient avoir des doutes sur la performance, sur le coût aussi, je les invite à les visiter, à se rendre compte par eux-mêmes pour voir que c’est au même niveau d’une entreprise industrielle, ni plus ni moins, et que c’est performant.
Peut-on dire aujourd’hui que l’industrie est l’un des secteurs les plus inclusifs ou au contraire qu’elle a encore du retard ?
G. C. : Il existe de plus en plus de moyens pour accompagner l’inclusion dans les entreprises. Quand on adapte un poste pour une personne en situation de handicap, ce n’est pas seulement cette personne-là qui en profite, mais l’ensemble des équipes. Inclure dans un atelier de quinze ou vingt personnes, deux ou trois personnes en situation de handicap, cela va demander des aménagements de poste, de communiquer aux autres équipes, d’expliquer le handicap, ça va demander d’avoir plus d’entraide dans certains cas, ça va demander d’avoir plus de bienveillance. Donc cela demande une certaine attention et finalement cela va améliorer l’esprit d’équipe. L’industrie suit cette tendance, mais on trouve encore des entreprises en retard sur l’insertion des personnes en situation de handicap.
A. P.-G. : Je pense que les mentalités évoluent. Les entreprises n’ont pas toujours la structure ou les moyens pour accueillir comme elles le souhaiteraient les travailleurs en situation de handicap, en termes de moyens, par exemple pour le cas du port de charges. Mais ça commence à changer. Aujourd’hui, on ne sent aucun frein en tout cas autour des équipes à accueillir une personne en situation de handicap, au contraire je pense que du fait que les mentalités évoluent, les collaborateurs prennent ça aussi comme quelque chose de bien pour l’entreprise et leur environnement de travail, qu’elles puissent s’épanouir par leur travail au même titre que d’autres salariés.
G. C. : Ce qui est important, c’est de ne pas rester seul pour un dirigeant qui souhaiterait faire le pas. On a quand même la chance, en France, d’avoir des dispositifs en place, des structures et des associations pour les accompagner. C’est vrai pour les entreprises mais c’est vrai aussi pour des personnes en situation de handicap, qui ne savent pas trop comment y aller, qui ne savent pas trop à qui s’adresser. Il faut qu’on arrive à faire les bonnes connexions et après tout mettre en place pour bien les accompagner.
REPORTAGE
Découvrez le témoignage de Manon Plockyn qui travaille à l’ADTP de Cluses. Elle raconte son quotidien à l’usine.
Opératrice de conditionnement, son métier consiste à réaliser du conditionnement et du contrôle visuel de pièces. Souffrant d’une neuro dyspraxie visuo-spatiale, Manon a dû mal à se repérer dans l’espace-temps. « J’ai pas mal de soucis de mémoire qui se sont aussi améliorés en grandissant, mais qui sont toujours présents », glisse-t-elle.
Au sein de l’atelier de Cluses, Manon a pu acquérir suffisamment de confiance en elle, qu’elle envisage désormais de quitter l’entreprise adaptée pour rejoindre une entreprise ordinaire et dans le décolletage de préférence ; pour travailler sur des machines-outils à commande numérique. Elle lance un appel aux décolleteurs qui souhaiteraient l’embaucher.