Nos cinq candidats entament leur dernière heure de compétition. Et la tension est à son comble. A chaud, nos cinq Héros nous confient leurs premières impressions, alors que d’autres candidats sont déjà concentrés sur leurs épreuves. Depuis le studio aménagé en plein cœur des Golden Tech, chacun se confie à Jérôme Meyrand, rédacteur en chef de Machines Production.
Les Héros de l’industrie Saison 2 – Episode 4
Dompter la matière

Le chrono piège les candidats
Pour le concepteur Florentin, la partie la plus difficile de son épreuve aura été le mécanisme de son projet de conception. Rappelons que chaque candidat doit concevoir, sur un logiciel de CAO, un coffret de parfum renfermant au moins deux flacons pour le secteur de la haute joaillerie. Notre concepteur qui se dit « perfectionniste » reconnaît avoir un peu trop recherché la perfection. Ce qui lui ont fait perdre du temps.
Chez Thomas, le roboticien avoue avoir « mal démarré ». Il confie : « J’ai voulu partir dans quelque chose d’un petit peu plus compliqué pour avoir le maximum de points. Et je ne pensais pas que la vision allait être si difficile. » Le défi : saisir, avec un robot polyarticulé, de délicieux macarons, qui sortiront de cuisson de manière aléatoire, afin de les mettre en boite, tout en respectant le positionnement du logo G des Golden Tech. Seulement voilà, Thomas s’est rendu compte que le chrono défilait à une vitesse grand V. « Je suis revenu un petit peu en arrière, mais du coup ça m’a fait perdre un gros quart d’heure », regrette-t-il.
Quant à Anthony, le fraiseur dit avoir bien géré le temps, et rejoint le studio des Héros de l’industrie, après trois heures d’usinage, satisfait d’avoir effectué les bons choix sur ses gammes d’ébauche et de finition. Ici, il s’agissait d’usiner dans un bloc d’aluminium une élégante petite pendule, de style Napoléon III. Ce micromécanicien, peu habitué à enlever autant de matière, a découvert l’usinage avec « fort enlèvement de copeaux ». Alors il a fait preuve de prudence, peut-être un peu trop.
Le soudeur Jérémie devait reproduire le légendaire flacon Chanel N°5 en mécanosoudé. Si la partie pointage et préparation des pièces étaient « un jeu d’enfant » pour notre formateur soudeur, c’est la programmation du robot collaboratif qui a posé le plus de difficultés à Jérémie. « C’est un outil que je n’utilise pas tous les jours. Donc, le temps de le prendre en main… », se justifie-t-il. Bien que cela lui ait coûté quelques points, il a dû faire appel à l’arbitre. Et croise les doigts pour faire un podium.
Dans la bulle du soudeur
Jérémie Grandjean est notre candidat pour l’épreuve de soudeur. Avant de le suivre durant l’épreuve, il nous a donné rendez-vous dans l’entreprise de tôlerie fine Faust, située près de Strasbourg. Carrure robuste, crâne dégarni et barbe fournie, il dirige une équipe de mécano-assembleurs. D’emblée, il associe son métier à la passion, alors qu’il n’était pas prédestiné à manier la torche. « J’étais parti à la base dans des études de physique-chimie », raconte-t-il. Seulement voilà, entouré de deux frères chaudronniers, le virus a fini par passer. Du jour au lendemain, Jérémie enfile l’incontournable casque de sécurité et se lance dans cette pratique qui consiste à unir les métaux par le feu.
Aujourd’hui, notre soudeur philosophe parle de son métier comme une vocation incarnée. « Un soudeur, c’est quelqu’un qui baisse son casque et qui est dans sa bulle. Moi, je le conçois comme ça, chaque soudure c’est comme une œuvre d’art. Il faut que la soudure soit belle, que la pièce soit belle, que le client soit content de la pièce qu’on ait faite. »
Un bonheur n’arrivant jamais seul, Jérémie a fini par convertir son épouse, Aurélie, au départ fleuriste. Il confie : « Ma plus grande réussite dans ce métier, c’est d’avoir eu la chance de former mon épouse Aurélie, qui travaille actuellement à mes côtés, qui est une excellente soudeuse. En tant que mari, je suis comblé. En tant que professionnel, je suis comblé. Et en tant qu’ancien formateur, je crois que j’ai atteint les sommets. »
Thierry Michel, chargé d’affaires chez Faust, décrit Jérémie, « notre référent soudeur et formateur » comme « quelqu’un qui a une expérience qui ne fait que croître. Il se forme en permanence ».
Notre soudeur amoureux a découvert les Golden Tech en 2024, et « cela m’avait beaucoup plu de découvrir aussi une nouvelle façon de travailler », se souvient celui qui projette « au minimum » de monter sur une des trois marches du podium, « mais j’espère avoir la première place ».
Immersion dans l’exigence du pliage, avec Mao
Mao Forestier-Loinard est notre candidat pour le métier de plieur. Il est la tête d’affiche de cette épisode 4. Il nous reçoit sur le site de La Parmentière, près de Paris. Une entreprise spécialisée dans la construction de machines pour l’industrie agroalimentaire. Notre Héros est aspirant chez Les Compagnons du devoir et du tour de France, une association ouvrière accès sur la transmission des savoir-faire à travers des formations en alternance, le tout en voyageant de ville en ville, d’entreprise en entreprise.
Mao Forestier-Loinard est chaudronnier de formation. Et il confie que son plus grand plaisir, dans ce métier, est de « partir d’une tôle à plat, de lui donner une forme et qu’à la fin cela ait une vraie utilité ». Son bac pro en poche, une médaille d’argent aux WorldSkills France en 2025, Mao parcourt les régions à la découverte des divers savoir-faire exercés dans les ateliers de mécanique qui l’accueillent. Voyager tout en étant formé.
Corentin Metais, formateur et chargé de développement chaudronnerie chez Les Compagnons du devoir et du tour de France connait bien Mao : « Je l’ai rencontré quand il venait en formation dans nos ateliers [situés en Ile-de-France]. C’est quelqu’un de très perfectionniste, il fait attention, il est à l’écoute. C’est vraiment un plaisir de l’avoir avec nous en formation. Il ne cesse de poser des questions et d’essayer de pousser plus loin encore la pièce et les consignes qu’on peut lui donner. » A Paris, durant la compétition, Corentin Metais sera là pour l’encourager. « L’objectif, c’est de le soutenir, de le pousser et d’avoir aussi un petit œil sur lui, pour voir s’il fait bien ce qu’on lui a appris, et pouvoir le charrier si ça ne va pas », sourit le formateur, guère plus âgé que Mao.
A quelques jours de sa participation aux Golden Tech pour le métier de plieur, Mao explique que ce procédé de fabrication fait partie du savoir-faire de chaudronnier. « C’est ce qui permet de former la plupart de nos pièces, décrit-il. J’ai choisi cette partie de mon métier parce que j’aime énormément le formage. » Alors, il s’est beaucoup entraîné, dans l’atelier des Compagnons du devoir et du tour de France, « en formant diverses pièces afin de réviser les différentes gammes de pliage et le montage des outils ».
Se sentant fin prêt, Mao dit avoir hâte de se lancer dans la compétition, de découvrir le sujet et de « voir les autres compétiteurs » pour « essayer de faire le meilleur résultat possible ».
Un démarrage ambitieux mais sous contrainte de temps
Retour au parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis), où Mao a débuté son épreuve. Clément Jacquesson est arbitre « plieur ». Il nous livre son analyse : « Le candidat a pris la décision de faire les pièces les plus compliquées tout de suite. Mais je crains qu’au niveau temps, il soit très juste.
De plus, il a choisi les pièces avec les ordres de pliage très compliqués à faire. Je pense qu’il n’est pas parti dans la bonne direction. On va voir ce que ça va donner », dit-il dubitatif.
La suite dans le prochain épisode.
Nos cinq héros

Thomas Beuchot
Roboticien

Mao Forestier-Loinard
Plieur

Florentin Jager
Concepteur

Anthony Barbet
Fraiseur

Jérémie Grandjean
Soudeur
