Nous recevons deux invités sur notre plateau :
William Mayance, directeur général de Tungaloy-NTK France
Philippe Boisseau, directeur général de Mercurial
Malcom Tchamte, reporter et chroniqueur à Machines Production
Rappelons le contexte de cette flambée des prix…
Malcom Tchamte : Pour reconstituer l’historique, je suis remonté au premier semestre 2025, au moment où tout allait bien. Les prix étaient alors relativement stabilisés autour de 40 à 45 euros le kilo de carbure de tungstène. C’est à partir de là que l’on observe une augmentation. Entre mai et juin, la hausse est déjà équivalente à celle du premier semestre et le prix dépasse les 50 euros par kilogramme. Ensuite, l’augmentation devient exponentielle. On atteint 80 euros en septembre, 100 euros en novembre, 150 euros en janvier, 200 euros en février. Finalement, fin mars 2026, le kilo de carbure de tungstène atteint 276 euros.
Pour comprendre cette évolution, il faut retenir un chiffre clé : 83 %. C’est la part de la Chine dans l’extraction mondiale de tungstène. Or, depuis deux ans et demi, la Chine extrait moins, plusieurs milliers de tonnes en moins chaque année, et exporte également moins afin de privilégier sa production domestique. Cela entraîne une contraction de l’offre, donc mécaniquement une hausse des prix. À cela s’ajoute la concurrence d’autres secteurs comme la défense, les batteries pour véhicules électriques, l’électronique ou encore les panneaux photovoltaïques. La situation devient donc préoccupante, notamment pour les fabricants d’outils coupants qui sont en première ligne.
Quelles variables pourraient influencer une hausse ou une baisse des prix ?
Philippe Boisseau : Plusieurs éléments peuvent jouer. D’abord, une éventuelle réouverture des exportations chinoises. Ensuite, il faut prendre en compte l’augmentation des budgets de la défense dans de nombreux pays. Enfin, certaines activités comme le forage, notamment aux États-Unis, consomment beaucoup de carbure et peuvent aussi peser sur la demande.
Ce contexte vous paraît-il durable ou plutôt conjoncturel ?
P. B. : C’est difficile à dire. Ce que l’on constate, c’est une augmentation indiscutable depuis plusieurs mois, comme cela a été rappelé. En revanche, sur les dernières semaines, on observe une baisse, ce qui rend les prévisions compliquées. Globalement, nous évoluons dans une économie plus tendue, marquée par une logique d’économie de guerre. Cela crée des tensions sur les matières premières. Par ailleurs, nous faisons face à une situation de quasi-monopole. Dans ce contexte, les acheteurs sont dépendants, ce qui rend la situation structurellement fragile. Il y a probablement une tendance de fond durable, avec des variations plus conjoncturelles liées à l’environnement économique et géopolitique.

Chez Tungaloy, vous proposez plusieurs solutions pour réduire les coûts d’usinage. Cela commence par les plaquettes…
William Mayance : Effectivement, chez Tungaloy-NTK, au-delà des actions mises en place pour sécuriser nos approvisionnements, nous avons intégré depuis une dizaine d’années une démarche d’écoconception dans la fabrication de nos outils. L’objectif était d’anticiper un contexte où les matières premières deviendraient plus chères, en faisant mieux avec moins. Prenons l’exemple du tournage. Aujourd’hui, lorsque l’on analyse les usages, on constate que 75 % des applications se font avec des profondeurs de passe inférieures ou égales à 3 mm. Cela signifie que les plaquettes utilisées sur le marché sont souvent surdimensionnées. Nous avons donc développé des plaquettes négatives de taille réduite. Concrètement, on divise quasiment par deux le poids de carbure. Pour l’utilisateur, cela se traduit par environ 25 % d’économie à l’achat, tout en conservant la même efficacité : mêmes conditions de coupe, mêmes avances, même gestion des copeaux.
Nous avons également travaillé sur les plaquettes positives, traditionnellement non réversibles et donc limitées en nombre d’arêtes de coupe. L’objectif a été, à masse de carbure équivalente, d’augmenter le nombre d’arêtes. Nous avons ainsi développé des plaquettes positives réversibles, passant de deux à quatre arêtes de coupe. Cela permet de générer plus de 50 % d’économies pour l’utilisateur, tout en conservant les performances.
Vous proposez aussi des outils multifonctions ?
W. M. : Oui, avec notre gamme TungBoreMini. Il s’agit d’un outil capable de réaliser plusieurs opérations : perçage, alésage, tournage, dressage de face ou encore tournage extérieur. Avec une seule plaquette, on peut remplacer un foret en carbure monobloc, une plaquette d’alésage et une plaquette de tournage extérieur. Le gain est double : opérationnel, avec moins de changements d’outils et des cycles plus rapides, mais aussi économique, avec une réduction significative du coût outil par pièce. D’autant plus que la plaquette utilisée est réversible, ce qui optimise encore davantage l’utilisation du carbure.