Les personnes en reconversion sont-elles davantage motivées que d’autres ?
V. : Oui, parce que ce sont des personnes qui connaissent déjà l’environnement de travail, pas forcément l’industrie. D’autant plus qu’elles connaissent très bien les valeurs et les codes du monde du travail.
J.-M.R. : Nous travaillons beaucoup avec les acteurs de l’emploi et de l’insertion professionnelle. Et même au niveau des collectivités locales pour nous rechercher des personnes qui souhaitent changer de métier ou bien celles qui auraient déjà une première expérience dans l’industrie, mais pas forcément une qualification, ou au contraire qui regardent effectivement pour changer d’environnement de travail. Pour cela, nous travaillons autour de la promotion et de l’attractivité, en faisant connaître aux yeux du grand public les métiers en tension.
Avez-vous des exemples concrets de reconversion professionnelle ?
J.-M.R. : Nous sommes dans un territoire [la Haute-Savoie] où le tourisme occupe une place importante. Nous pouvons rencontrés des cuisinières, serveurs, hommes ou femmes d’ailleurs, qui veulent changer de métier parce que c’est difficile de travailler pendant que les autres sont en vacances, avec des rythmes de travail conséquents, qui ont envie de travailler en équipe, de travailler plutôt en journée, d’avoir tous leurs week-ends de libre. Mais on peut aussi rencontrer des menuisiers, des gens dans le bâtiment. On a même eu un photographe.
Proposez-vous des parcours certifiants pour faciliter ces reconversions ?
V. : Cela fait douze ans que nous travaillons sur de la formation certifiante. Pour cela, nous bénéficions du label Certimetal, un label de branche de la métallurgie. Nous mettons en place des CQPM, des certificats de qualification paritaires de la branche de la métallurgie, ainsi que des TPFP, les titres paritaires à finalité professionnelle. Il s’agit de compétences-clés qui sont requises afin de pouvoir piloter un moyen de production.
J.-M.R. : Dans le cadre d’un groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification, nous travaillons essentiellement dans le cadre d’un contrat de professionnalisation, avec une reconnaissance à l’issue du parcours, qui passe aussi par un CQPM au niveau de la branche de la métallurgie ou interindustrie, puisqu’on peut travailler aussi bien pour la métallurgie que dans d’autres branches professionnelles.
Comment travaillez-vous sur la question de l’inclusivité dans la formation ?
V. : Chez nous, l’inclusivité, ce n’est pas juste un mot à la mode, c’est vraiment une responsabilité. Chez FEECS, on travaille l’accessibilité à trois niveaux : pédagogique, matériel et social. C’est un triptyque qui est pour nous fondamental. Il y a vraiment une approche qui doit être particulière avec ces profils-là. Ils ont tous peu ou prou une expérience professionnelle forcément, avec aussi des compétences transférables, c’est une évidence. Il faut pouvoir les détecter. Il faut aussi connaître et parler très franchement de leur handicap et des limites qu’ils peuvent engendrer.
J.-M.R. : L’inclusivité c’est un peu la philosophie d’un groupement d’employeurs. Parce que le GEIC est un label qui nous est attribué et sur lequel on est évalué chaque année. L’inclusivité, ce n’est pas uniquement le handicap, c’est ce qu’on appelle tous les publics qui peuvent être plus ou moins éloignés de l’emploi, mais ce n’est pas forcément lié à un handicap. Cela peut être des profils atypiques, des personnes bénéficiaires du RSA, qui ont été licenciées économiques. C’est tout type de personnes, qui ont, à un moment donné, eu un accident de la vie personnelle ou professionnelle, et qui ont décroché par rapport au monde du travail. Des personnes que nous allons aider à remettre le pied à l’étrier, en leur proposant un parcours professionnel.
Quels sont les principaux freins à la reconversion ou à l’inclusion ?
J.-M.R. : Ce sont les freins que se mettent les personnes elles-mêmes, par rapport à un changement de métier ou un handicap. Il y a des femmes qui se mettent des freins en disant que l’industrie ce n’est pas pour elles. L’autre frein est celui que les entreprises se mettent elles-mêmes, en mettant à disposition d’une nouvelle recrue des salariés qui ne sont pas forcément outillés pour intégrer un nouveau collaborateur. Certains managers sont des techniciens avant tout. Et on va leur demander de l’accompagner sur les phases d’accueil, d’intégration. En face, ce sont des techniciens qui ne sont pas forcément formés pour de l’accompagnement socioprofessionnel. Sauf que ce rôle-là, il est important. Et nous, on est là aussi pour faire en sorte que les entreprises répondent à ces obligations d’inclusion, surtout pour les TPE-PME qui n’ont pas la structure pour le faire.
V. : On parle souvent d’inclusion, mais les freins à l’inclusion ne sont pas liés aux personnes. C’est souvent lié au système. Le métier de l’usinage souffre vraiment d’une mauvaise image, d’une méconnaissance. On rencontre souvent dans les repas de famille par exemple, quelqu’un qui va dire que l’usinage c’est sale, qu’il y a des copeaux partout. Aujourd’hui, des entreprises, un peu type Germinal, entre guillemets, il n’y en a quasiment plus. Dans la plupart des entreprises que je peux visiter sur l’intégralité du territoire français, on peut quasiment manger par terre. Il faut dire aux entreprises qu’elles n’hésitent pas à ouvrir leurs portes, qu’elles montrent leur savoir-faire et comment fonctionne un atelier. Sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de vidéos dans lesquelles on voit uniquement la pièce et la machine qui l’a fabriquée. Mais j’ai envie de leur dire de prendre un peu de hauteur et de montrer davantage l’environnement de travail, parce que les moyens de production ont énormément évolué, ce qui peut contribuer à faire découvrir de magnifiques métiers qui sont exercés dans l’usinage, et ce, dès la fonction d’opérateur.