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La filière aéro face à ses enjeux 4.0

06.12.2019
MACHINES PRODUCTION - La filière aéro face à ses enjeux 4.0

Un rapport conséquent fait l’état des lieux de la filière aéronautique et trace les voies de son développement futur. Elles pourront être ouvertes par des actions concertées et par le déploiement des technologies 4.0 dans les entreprises. Très détaillé, ce rapport constitue un outil prospectif de référence pour les dix années à venir.


Le Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (Pipame) a pour objectif d’apporter, en coordonnant l’action des départements ministériels, un éclairage de l’évolution des principaux acteurs et secteurs économiques en mutation, en s’attachant à faire ressortir les menaces et les opportunités pour les entreprises, l’emploi et les territoires.

Le secrétariat général du Pipame est assuré par la sous-direction de la Prospective, des Études et de l’Évaluation Économiques (P3E) de la Direction générale des entreprises (DGE). Avec le Groupement des industries française aéronautiques et spatiales (Gifas), ils ont mandaté Boston Consulting Group (BCG), afin de réaliser une étude complète sur les enjeux et perspectives de l’Industrie du futur pour la filière aéronautique française civile et militaire.

Au final, l’objectif de cette étude de 188 pages vise à renforcer sa compétitivité grâce aux technologies digitales pour l’industrie, dite 4.0. Très complète, elle en analyse les tenants et aboutissants dans le détail et mérite une forte attention de tous les acteurs impliqués dans ce secteur.

En voici un aperçu succinct.


Pérennité du marché et force des acteurs


Tout d’abord, et d’autres articles en témoignent dans ce numéro, la pérennité du marché de l’aéronautique civile mondiale semble assurée pour la décennie à venir.

S’appuyant sur une croissance moyenne de 6% de l’unité effective de demande de voyage aérien par an depuis 1994, BCG pointe le nombre de 12 304 appareils en commande à fin 2017 (54% pour Airbus, 46% pour Boeing), impliquant un carnet de commande plein jusqu’en 2026, sur la base des cadences de production de 2015.

Dans le même temps, la chaîne d’approvisionnement s’est mondialisée, la production dans les pays à bas coût étant faite pour se rapprocher des marchés (Inde, Chine, Mexique…) ou sur des éléments à des stades de production stabilisés (Maroc, Roumanie, Tunisie, Turquie…). En France, la montée en puissance des fournisseurs de rang 1 s’est renforcée ces dernières années, souvent par des fusions-acquisitions d’acteurs complémentaires.

Se rendant compte que près de deux tiers des éléments d’un appareil provenaient de ces fournisseurs incontournables, les donneurs d’ordres ont réagi par des acquisitions et alliances. Celles-ci visent généralement à compléter les gammes d’avions proposés.

De manière globale et même si d’autres rapprochements restent possibles, ils ne devraient pas modifier fondamentalement l’équilibre entre l’offre et la demande, entre une capacité de production croissante et une demande forte, mais stabilisée.
Pour les cinq ans à venir, le rapport BCG indique comme improbable une disruption significative de cet équilibre compétitif mondial.

Par contre, à l’horizon 2030-2035, l’arrivée à maturité de programmes de développement industriels menés notamment en Arabie Saoudite, Chine ou Turquie (l’Inde n’est pas citée dans le rapport) pourrait accentuer la pression concurrentielle sur les acteurs actuels. Toutefois, les exigences sécuritaires de l’aéronautique tempèrent cette menace, car les acteurs en place bénéficient (ou souffrent) de leurs positions en matière de fiabilité de leurs appareils.

Il n’en reste pas moins vrai que l’enjeu de la baisse du coût par passager/tonne transporté reste un objectif primordial de toute la filière. En bref, le rapport BCG établit un panorama économique et géographique complet de la filière aéronautique et de ses enjeux, pour le civil aussi bien que pour le militaire.

Rien qu’à ce titre, il fait référence.


Renforcer la compétitivité de la filière


En France, le Gifas dénombre environ 1 500 entreprises regroupant près de 300 000 salariés pour la filière aéronautique.

La filière française couvre l’ensemble de la chaîne de valeur aéronautique, depuis les donneurs d’ordres assurant l’assemblage des aéronefs jusqu’aux équipementiers de rang 1 et leur chaîne d’approvisionnement, fournisseurs de rang 2 et sous-traitants. Elle est également présente à la fois sur les segments civil et militaire, tant sur les avions que sur les hélicoptères. Dans le monde, seule la filière américaine est aussi complète.

Mais, pour maintenir cette position, les efforts d’innovation productive doivent être maintenus et renforcés.
Car, face à la demande importante et un carnet de commandes étoffé, les donneurs d’ordres affichent de nouvelles exigences pour les équipementiers de rang 1 et 2. Ils vont se répercuter sur toute la filière sous-traitante. Les cadences de livraison doivent tout d’abord augmenter, sans diminuer la qualité.

La délivrance des produits doit se faire juste-à-temps, pour limiter les coûts de stocks et de parachèvement. Les équipementiers doivent gérer des configurations diverses rapidement – principalement cabines et moteurs – pour répondre aux besoins de différenciation des clients finaux. Leurs relations avec les fournisseurs doivent être renforcées, pour optimiser les achats et réduire ainsi les coûts. L’autonomie des achats matière doit aussi être développée dès le niveau sous-traitance.

Outre ces enjeux, tous les fournisseurs de la filière doivent faire face à la nécessité d’augmenter leurs capacités financières et leur attractivité pour les compétences professionnelles. Ce dernier point constitue d’ailleurs le soutien le plus demandé dans le cadre du plan d’accompagnement Ambition PME-ETI, proposé par Bpifrance et le Gifas.


Les outils de l’industrie du futur


Le rapport BCG constate que l’arrivée de nouvelles technologies à forte composante digitale, rassemblées sous le vocable Industrie 4.0 ou Industrie du futur, implique une transformation profonde des entreprises et de leurs relations entre elles.

En permettant de rassembler, analyser et exploiter les données entre machines, elle rend les processus de production plus rapides, plus flexibles et plus efficaces, pour fabriquer des produits de meilleure qualité à des coûts moindres. Plusieurs tendances technologiques 4.0 ouvrent le champ des possibles à de multiples cas d’application. Pour l’exploitation directe des données numériques, il s’agit tout d’abord du big data et des capacités analytiques afférentes.

L’intelligence artificielle et ses algorithmes de machine learning ou d’apprentissage profond constituent une aide allant souvent au-delà des capacités humaines. La simulation par jumeau numérique avancée permet d’anticiper la production, sans immobiliser les machines. La blockchain assure le stockage et la transmission d’informations de manière transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle.

Le développement de réseaux d’intégration de données peut aboutir à la mise en place d’une chaîne de valeur automatisée au sein de l’entreprise, de manière horizontale, aussi bien que tout au long de la filière de manière verticale. Le partage des données peut également bénéficier des capacités de stockage et d’analyse du cloud et de la cybersécurité afférente.

Du côté des technologies physiques, le rapport BCG recense les robots collaboratifs et les machines connectés, la fabrication additive et les matériaux innovants, l’Internet industriel et la réalité augmentée.

Pour chacune de ces technologies de rupture, des cas d’applications sont cités et l’impact sur la chaîne globale de valeur est analysé.


Agir ici et maintenant, pour l’avenir de tous


Dans un contexte de montée en cadence et d’intensification de la concurrence, la filière aéronautique française fait face à un nouvel enjeu de compétitivité.

Il est d’autant plus marqué pour les petites structures de la filière, en proie à une pression constante. Le déploiement des solutions « Industrie du futur » répond en partie à ce défi, en générant des gains substantiels de compétitivité coût et hors coût, en termes de qualité, de flexibilité et d’attractivité de l’emploi. Pourtant, les solutions de l’Industrie du futur sont relativement peu déployées à ce jour dans la filière, selon le rapport BCG.

Les entreprises font face à des freins divers mais significatifs, tout au long de leur parcours de digitalisation. De plus, la mise en place de solutions transverses se heurte encore à des obstacles humains et structurels à une collaboration efficace.

L’ampleur limitée du déploiement ne doit toutefois pas occulter les dispositifs existants, sur lesquels la filière peut s’appuyer, au niveau national et local.
Le rapport BCG préconise donc la mise en œuvre immédiate d’une stratégie volontariste et concertée, pour assurer un déploiement global et cohérent des technologies 4.0, et réaliser ainsi un saut de performance collectif.

Cette stratégie doit s’appuyer sur un investissement de la filière et des pouvoirs publics dans l’accompagnement des entreprises, la fluidification des échanges entre industriels, l’implication des parties prenantes extérieures, l’accélération de la coconception et l’adaptation des emplois et des compétences. Outre la digitalisation des entreprises, la modernisation de l’appareil productif est un levier essentiel pour ce saut de performance.

Le rassemblement de leurs compétences constitue aussi, pour les plus petites entreprises, un horizon possible pour accroitre leur compétitivité. Les outils digitaux et l’intelligence artificielle de l’industrie 4.0 favorise l’activation d’autres leviers, notamment de démarche Lean, de mesure de la performance et d’apprentissage des machines.


En conclusion, une stratégie volontariste de déploiement de l’industrie 4.0 permettait d’accélérer la mutation de la filière pour faire face aux défis immédiats et des prochaines décennies. Cette stratégie bénéficierait aux donneurs d’ordres, équipementiers de rang 1, PMI de rang 2 et sous-traitants dans la filière, ruisselant sur des emplois à haute valeur ajoutée et bénéficiant aux territoires, ainsi qu’à la balance commerciale française.

C’est un enjeu national qui impactera l’avenir de toute la filière aéronautique, ainsi que la capacité de la France à rester une grande nation industrielle.

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